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ENTREVUE AVEC RIAD SATTOUF - par Fabien Philippe

2009-10-29

    Avec Les beaux gosses, le bédéiste Riad Sattouf explore à l'écran l'univers des adolescents qu'il croquait déjà à merveille dans sa chronique La vie secrète des jeunes publiée chaque semaine dans le journal Charlie-Hebdo. À travers le personnage d'Hervé, un jeune ado maladroit dont la principale obsession est de réussir à coucher avec une fille, le jeune cinéaste révèle la violence des émotions pubères et les problèmes de communication garçon-fille. Évitant le portrait au vitriol, c'est du côté des dialogues mordants et des situations désopilantes que Riad Sattouf a trouvé le ton approprié pour révéler les petites misères qui à cet âge, sonnent comme de grandes tragédies.

24I: C'est la productrice Anne-Dominique Toussaint qui vous a proposé de réaliser Les beaux gosses  mais l'univers du cinéma ne vous ait pas inconnu.
R.S.: C'est vrai, j'ai fait des études de cinéma d'animation à l'école des  Gobelins à Paris. Je ne me définirais pas pour autant comme un cinéphile, je n'ai pas une culture des grands classiques du cinéma ni une approche théorique. Mes études en animation m'ont montré combien il était difficile de faire quelque chose de personnel en animation, que cela demandait des moyens immenses, c'est pourquoi je voulais faire un film en prise de vue réelle avec de vrais comédiens.

La grande réussite du film tient à la justesse de son ton, comment arrive-t-on à trouver la bonne hauteur quand on filme le monde des adolescents ?
Pour filmer à hauteur d'adolescent, je me suis dit, dès le départ, que je ne porterai pas de jugement moral sur les personnages. Quand les héros assistent au suicide de leur prof et en font une blague, je refuse de les juger ; et quand Hervé humilie une fille qui ne lui a rien fait, on reste à son niveau, on comprend quelque part pourquoi il le fait. C'était une volonté de rester en permanence sur la façon qu'a Hervé de voir les choses. Je crois qu'il n'y a finalement qu'une séquence où il n'est pas présent, sinon nous sommes toujours au niveau de son regard. Je voulais aussi éviter les écueils d'une dramaturgie lourde où le monde de l'adolescence est confronté à l'enfer de la drogue ou du meurtre par exemple car le fait d'avoir 14 ans est déjà un drame en soi. Quelle est la vraie tragédie à cet âge-là ? C'est de ne pas pouvoir sortir avec la fille qui nous plaît ! J'ai essayé de rendre le mieux possible l'univers d'Hervé, ses réactions, un tout petit monde finalement assez fermé. C'est aussi une question de rythme : la première version du film faisait 2h10 et avec la monteuse Virginie Bruant, on a coupé jusqu'à ce que le film fasse 1h30, simplement parce qu'il y avait beaucoup de séquences trop molles. Le montage offre au film ce rythme très soutenu, j'aime que ça aille assez vite dans les comédies. Pour qu'une comédie s'épanouisse vraiment dans un rythme moins soutenu, il faut des comédiens très expérimentés.

Mais au delà du comique du film, l'action laisse une grande place à la violence, tant physique que verbale. On remarque très vite que dans la classe il y a les oppresseurs et les oppressés, mais que ces derniers oppressent à leur tour des plus faibles qu'eux…
Je ne voulais juger aucun personnage et même les gros salauds qui emmerdent le héros, même les personnages les plus antipathiques du film ont,  un moment, leur propre état de faiblesse. La violence est un sujet que j'adore : la façon dont elle se transmet, la manière qu'on la prend, qu'on la retourne contre les autres ou soi-même.  Pour le coup, Hervé la retourne principalement contre lui en étant très inhibé, mais à la première occasion, dès qu'il a une victime, il en profite comme avec son ami Camel qu'il rabaisse à plusieurs occasions.

Quel est le rôle des adultes dans cet univers adolescent ?
J'ai toujours essayé de montrer les adultes au travers du regard du héros c'est-à-dire que la mère d'Hervé est anti-sexuelle au possible quand elle est avec son fils alors que la directrice de l'école est un personnage très sexué. Mais je voulais aussi que chaque personnage adulte soit comme une extension des adolescents du film, qu'on puisse sentir les ados qu'ils avaient été eux aussi. C'est pour ça que la mère d'Aurore, jouée par Irène Jacob, dit à la mère d'Hervé qu'elle est aujourd'hui toujours en contact avec ses amis du lycée comme quelque chose qui se transmet. Je voulais qu'ils soient des adultes mais encore adolescents. En fait on pourrait dire que l'adolescence est un état qui ne disparaît jamais complètement, les adultes ont le même comportement que leurs enfants.

Si les adolescents sont joués par des comédiens amateurs, les adultes eux sont interprétés par des pointures comme Emmanuelle Devos, Noémie Lvovsky, Irène Jacob ou Valeria Golino… Était-ce un choix de balancer ces deux niveaux de comédiens ?
Je me suis longtemps posé la question de savoir si j'allais prendre, pour le rôle des adultes, des comédiens qui avaient fait très peu de choses ou des acteurs que j'adore et finalement, j'ai choisi la deuxième option comme je n'étais pas sûr de faire un deuxième film ! Mais j'aime l'idée des comédiens amateurs qui jouent comme ils sont dans la vie. J'aime bien que ce soit mon film plutôt que «  j'ai fait un film avec telle star », c'est peut-être une question d'ego surdimensionné… C'est sûr qu'avec les ados, il faut répéter en permanence, et qu'au bout de plusieurs prises, on perd en intensité. Le rapport avec les comédiens professionnels est tout autre. On n'a rien à leur dire !

Si Les beaux gosses est un film où la politique est absente, votre travail en BD, notamment à travers votre personnage de Pascal Brutal, développe un humour très caustique sur la politique française, est-ce qu'on peut imaginer que vos prochains projets de film iront dans cette direction ?
Oui je pense que mon prochain film aura un côté plus politique, toujours sur le mode comique mais cette fois, dans le monde adulte…


Propos recueillis par Fabien Philippe

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