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THE MEN WHO STARE AT GOATS - critique d'Éric Fourlanty

2009-11-05

BOUC ÉMISSAIRE

1) Il y a tout d’abord le titre, intriguant: Les hommes qui fixent des boucs.
2) Il y a ensuite l’affiche, savoureuse, qui parodie celles des coproductions internationales des années 60 et 70 où des visages de vedettes s’alignaient en rang d’oignons, sauf qu’ici, une tête de bouc est mise au même plan que celles des stars.
3) Ensuite, il y a la distribution, alléchante : Georges Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges et Kevin Spacey.
4) Il y a enfin, le sujet, prometteur : les grandeurs et misères d’une unité spéciale de l’armée américaine, composée de soldats aux pouvoirs paranormaux, tel que lire les pensées ennemies par télépathie, passer à travers les murs et tuer un bouc en le fixant dans les yeux!

    Bref, c’est un de ces films qui séduisent avant même le générique d’ouverture. Réalisé par Grant Heslov (coscénariste de Good Night and Good Luck), The Men Who Stare at Goats est produit par Clooney, ce qui est en soi un gage de qualité, tant l’acteur fait, dans un contexte hollywoodien, des choix audacieux et éclairés.

    Mais le film ne tient, hélas, pas ses nombreuses promesses. Cette comédie qui fait rarement sourire souffre d’un mal propre au cinéma américain actuel : la tyrannie du vécu, le syndrome « tiré d’une histoire vraie ». L’histoire vraie, qui, dans ce cas-ci, dépasse la fiction, c’est un livre de Jon Ronson, publié en 2005, dans lequel l’auteur met à jour la mise sur pied, par le Pentagone, d’une faction ultrasecrète de super-soldats au sein de laquelle Nouvel Âge et pouvoirs psychiques s’unissent pour le bien de la nation. Le livre est fascinant mais le scénariste Peter Straughan a oublié d’en faire un film. Sans en faire une tragédie grecque, encore aurait-il fallu un sens, un propos à ce film sans but.

    Platement mises en scène, les séquences de The Men Who Stare at Goats défilent les unes après les autres sans qu’on y décèle une quelconque direction. Allez et retours incessants du passé au présent, mentions à répétition de lieux et de dates pour savoir où l’on est et quand, voix-off omniprésente, acteurs sur pilote automatique: le cinéaste se contente de suivre le fil de l’histoire et clôt son récit sur une morale rédemptrice et nouvel-âgeuse qui va complètement à l’encontre de la nature même du film.

    Entre les mains de Wes Anderson, de David O. Russell ou des frères Coen, ça aurait pu donner une vraie comédie déjantée, une satire où le surréalisme de la situation aurait jeté un éclairage différent sur la réalité inquiétante du pouvoir militaire américain, une preuve par l’absurde que cette réalité dépasse vraiment la fiction. Mais cette comédie-là ne prétend qu’amuser, ce qu’elle ne réussit qu’à moitié, sans aller plus loin. Mieux vaut revoir Dr. Strangelove.

Éric Fourlanty

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