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LES ENFANTS DU PARADIS - critique d'Helen Faradji

2009-11-05

PETIT BONHEUR

    Le mot de François Truffaut est devenu célèbre. « J’ai fait 23 films, des bons et des moins bons. Eh bien, je les donnerais tous sans exceptions pour avoir signé Les Enfants du paradis ». Tellement fameux, ce mot, qu’il a été placé en exergue sur la jaquette de cette édition offerte par Métropole Films. Pas en Blu-Ray, pas sous-titrée, pas de bonus. Mais une édition tout de même de ce chef d’œuvre absolu dont l’image, malgré quelques passages bien verdâtres, a été restaurée (pour le son, on attendra encore un travail plus conséquent). Un noir et blanc lumineux, un grain affiné, un relief retrouvé : l’œil a son bonbon.

    Petit flash-back. Nous sommes au début des années 30. Jean Renoir et Jean Vigo font du naturalisme et du vérisme le lit d’un cinéma d’une puissance humaniste hallucinante. Mais peu à peu, ce réalisme se mêle à d’autres influences : celles de l’expressionnisme allemand et du fantastique social littéraire. C’est avec elles que Julien Duvivier, René Clair, Jacques Becker, mais surtout Marcel Carné façonnent avec bonheur une nouvelle esthétique : le réalisme poétique. Réalisme poétique? Du tranchant et du lyrique? Du vrai mais en studio? De la lumière artificielle pour sculpter les silhouettes les plus réelles? Oui, la contradiction est là, mais elle n’empêche rien. Pépé le Moko, À nous la liberté, Hôtel du Nord, Quai des brumes, Le jour se lève…Les trognes de Michel Simon et de Jean Gabin... Les yeux de Michèle Morgan qui deviennent mythiques... Les petits bonheurs s’enfilent comme des perles, comme pour faire oublier, quelques instants, l’horreur qui se profile.

    Arrive enfin 1945. Arrivent enfin Les enfants du Paradis. Tourné en secret, ou presque (plusieurs membres de l’équipe appartiennent à la Résistance), depuis 1943 après que Jean-Louis Barrault eut persuadé Carné et Prévert de reformer leur duo pour évoquer la vie du mime Jean-Gaspard Debureau, le film est une somme. 3 heures. 2 époques, celle du Boulevard du Crime, celle de L’homme blanc. Des décors gargantuesques. Et surtout, surtout, un vrai et bel amour de cinéma. Un de ces amours tellement forts, tellement purs qu’il ne peut se régler par un happy end. Garance, l’artiste gouailleuse et Baptiste, le mime lunaire dont les prétendants respectifs empêchent la passion. En arrière-plan, le théâtre populaire, la bohème, les carnavals de rue, la liesse et la détresse, l’art et les compromis, la mort et la vie…Le réalisme et la poésie, donc.

    Et puis, on pourrait encore évoquer le rythme et le découpage enivrant de cette fable aux reflets sociaux si parlants. La mise en scène d’une précision et d’une richesse époustouflante. Le texte, hallucinant de  naturel, hallucinant de beauté (Prévert, encore Prévert, toujours Prévert). Le regard pétillant d’astuce et le profil racé de Jean-Louis Barrault. La joie illuminant les prunelles et le sourire carnassier de la môme Arletty. Les grands yeux de biche de la Casarès, digne amoureuse trahie. Les fanfaronnades de Pierre Brasseur. La majesté de tout cela. On pourrait aussi simplement paraphraser le film qui dit tout : Les Enfants du Paradis ne sont pas beaux, ils sont heureux, tout simplement.

Helen Faradji

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