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UP - critique de Marco de Blois

2009-11-12

    Immenses succès publics et critiques, Ratatouille et WALL-E ont permis à Pixar de dominer la concurrence dans l’industrie de l’animation 3D aux États-Unis. Par la même occasion, le studio s’est forgé une solide réputation de savoir-faire, de talent et d’audace célébrée tant par les férus de l’animation que par tous les cinéphiles. Ainsi, la présentation de Up à l’inauguration du dernier Festival de Cannes a été une sorte de consécration par laquelle la société fondée par John Lasseter a pu pénétrer dans la grand-messe annuelle de la cinéphilie.

    Comme on le répète à chaque sortie d’un nouveau Pixar, la souplesse de l’animation et la précision des rendus sont ici remarquables. On y trouve des morceaux de bravoure narratifs (par exemple, la scène émouvante et elliptique racontant en quelques secondes la vie du protagoniste, brave sexagénaire) et quelques commentaires critiques politiques à la WALL-E. Pourtant, Up demeure une demi-réussite qui démontre que pour mener un film à bien, il faut surtout de l’inspiration et un projet cohérent. Or, à mesure que le film avance, les péripéties les plus diverses et les plus loufoques se succèdent selon une logique qui confond la fantaisie et l’arbitraire et nous désintéresse des personnages (quand surgissent les chiens parlants, on commence à décrocher…) et le récit glisse parfois de la sensiblerie à la mièvrerie (ce qui est notamment vrai dans le cas du personnage du gamin). Ce qui faisait l’originalité et surtout la pertinence des productions précédentes n’est pas au rendez-vous.

    Reste la question de la stéréoscopie (présentée comme un "argument de vente" du film, la technique n'est pourtant plus de la partie en DVD, ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose). Pixar (filiale de Disney) et DreamWorks ont annoncé qu’ils adopteraient ce procédé pour leurs productions futures. Mais avant que la stéréoscopie devienne une norme pérenne – et qu’on trouve un moyen de régler la question de l’inconfort causé par le port des lunettes –, il faut s’attendre, comme c’est le cas dans Up, à ce qu’elle serve de prétexte à la prolifération de scènes à vol d’oiseau (les effets de relief sont alors particulièrement visibles et efficaces) et à de spectaculaires déplacements dans le cadre (on tombe, on s’envole ou on se dirige tout droit vers le public). Notons toutefois une pointe d’ironie à l’égard du procédé : au début du film, les spectateurs qui trépignent d’impatience avec leurs lunettes sur le nez, ont droit à un pastiche de newsreel des années 1930… en deux dimensions.

Marco de Blois

Ce texte est paru originellement dans le numéro 143 de la revue 24 Images.

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