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Films de la semaine

MARY AND MAX – critique de Marcel Jean

2009-11-12

LES LETTRES ÉCARLATES

    Véritable star dans le petit monde du cinéma d’animation d’auteur, Adam Benjamin Elliot a réalisé quatre courts métrages – Uncle; Cousin; Brother et Harvie Krumpet – formant un corpus homogène dans lequel le cinéaste pose un regard « objectif » sur une brochette d’exclus et de marginaux. Son premier long métrage, Mary and Max, s’inscrit dans cette foulée, à la différence cette fois que le récit entrecroise deux biographies plutôt que de se concentrer sur une seule (les titres des films d’Elliot sont à cet égard explicites) et que la narration n’est plus réservée exclusivement à une voix extérieure, les propos contenus dans les échanges épistolaires entre les deux personnages principaux venant la compléter. Humour grinçant et tendresse contenue sont donc au rendez-vous de ce film évoluant au rythme des missives que se font parvenir une Australienne âgée de huit ans (lorsque débute l’histoire) et un Juif new-yorkais quadragénaire, autiste et obèse.
Économe de mouvements et d’effets spectaculaires, le style d’Adam Elliot se distingue de l’ensemble de la production de marionnettes par ses partis-pris esthétiques minimalistes : style photographique inspiré du travail de Diane Arbus, cadres fixes, frontalité et utilisation parcimonieuse de la couleur. Dans Mary and Max, le cinéaste oppose la grisaille urbaine qui entoure Max aux teintes sépia compassées dans lesquelles baigne Mary. Au cœur de ces environnements monochromes se découpent quelques taches rouges, éléments de communication ou détails mis en relief. Mise en scène sobre qui sert bien ces personnages prisonniers de leur solitude, dont ils n’arrivent à se défaire qu’à travers ces lettres qu'ils échangent et dans lesquelles ils peuvent se dire tels qu’ils sont, avoir l’impression que quelqu’un les écoute, enfin.

    Film sur la solitude, donc, sur l’amitié à la fois nécessaire et impossible, Mary and Max a cette étonnante capacité d’émouvoir si rare dans le cinéma d’animation (c’est le prix à payer pour l’absence de corps réels à l’écran). Harvie Krumpet, pour lequel Elliot a obtenu un Oscar en 2004, avait déjà cette qualité. Si, dans Mary and Max, le cinéaste va jusqu’à flirter dangereusement avec le mélodrame (les déboires des deux personnages se succédant jusqu’à la limite du tolérable), il est toujours sauvé in extremis par sa profonde humanité et un humour tout en finesse transmis avec doigté et assurance par les voix de Philip Seymour Hoffman et de Toni Collette.

    S’inscrivant dans la récente mouvance « documentée » des longs métrages d’animation – Persepolis; Waltz with BashirMary and Max trouve sa source dans la longue correspondance que le cinéaste a entretenu avec un Américain souffrant du syndrome d’Asperger. Le film s’inscrit aussi dans la vague de longs métrages d’auteurs utilisant l’animation de volumes (marionnettes, pâte à modeler et objets) à laquelle appartiennent des titres comme $9.99 de Tatia Rosenthal et Panique au village de Stéphane Aubier et Vincent Patar. Il s’agit en cela d’une œuvre représentative de la transformation qui affecte actuellement le milieu du cinéma d’animation, dont la part créative migre progressivement vers le long métrage. Avec Mary and Max, Adam Elliot boucle de belle façon la boucle amorcée par ses œuvres précédentes, tout en ayant l’opportunité de rejoindre un public plus large grâce à ce nouveau format. Point d’orgue d’une démarche singulière, le film apparaît dès lors comme un objet précieux et stimulant dans le paysage cinématographique actuel.

Marcel Jean

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