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Écrans

DEMAIN - critique d'André Roy

2009-11-19

    Sous une couverture peu attirante, est paru en DVD il y a quelques semaines le premier long métrage de Maxime Giroux. Le film a eu une trop courte carrière en salle pour ne pas qu’on y revienne. Il est intéressant de noter que Demain se rattache à une certaine tendance, présente depuis au moins une décennie, dans le cinéma : la pratique du minimalisme, d’un art de la pauvreté narrative. S’y remarque une sorte de non-récit que l’on a vite identifié, dans une certaine frange du cinéma d’auteur, à une esthétique du vide, souvent systématique, confinant parfois au formalisme, imposée quelquefois par le mode de production (budget limité), mais généralement voulue par le cinéaste, exercée avec entêtement, car elle est chargée d’inscrire sur l’écran des impressions sensibles, labiles, d’un monde le plus souvent en perdition. C’est un cinéma de la déflation narrative qui appelle la discrétion et, comme chez Maxime Giroux, une monotonie, qui est pourtant en phase avec la vie des jeunes gens de sa fiction.

    Portrait d’une génération, Demain raconte la relation amoureuse remplie de désillusion de Sophie, alors qu’elle doit s’occuper de son père très malade. Il y a quelque chose de figé dans le filmage, dans la volonté de traduire l’inertie de cette jeune fille, de son copain Jérôme et de Carl, un ami de ce dernier. Quelque chose de poisseux, de comateux dans cette façon – qu’on trouvera certainement trop soulignée — de montrer des êtres incapables d’exprimer leurs sentiments, handicapés dans leurs paroles. Des gens ordinaires, qui semblent tout ignorer autour d’eux, comme dépassés par les événements même les plus insignifiants. Ils sont enfermés dans un mutisme proche de l’autisme. Ils sont pris dans la glu d’une vie sans tragédie et qui est pourtant, à cause de cela, tragique. Un tragique que le cinéaste articule à un réalisme explicitant un quotidien nécrosé, sans futur. Cela ne va pas sans un étirement du récit, avec le risque évident de le vider de sa force. L’attention extrême accordée à la matière que sont les personnages, qui ne s’instituent en fait comme humains que par leur corps, va de pair avec un dépouillement sciemment entretenu dans le but de matérialiser l’immobilité, la stagnation, un laisser-faire désespérant de gens qui ne changent guère au cours du récit, impassibles devant des faits qui pourtant devraient les marquer (le père de Sophie meurt sans bouleverser la routine de celle-ci, qui continue de mener comme si de rien n’était sa vie aussi plate que celle des autres). On est avec eux face à la désolation, que le réalisateur parvient à rendre souvent concrète par des silences qui valent mille mots et une tendresse aussi triste que compassionnelle, obstiné qu’il est à montrer en peu de plans et de détails l’étrange velléité de vivre de ses personnages.

    Le film est accompagné d’un supplément, un court métrage de Giroux, Le rouge au sol, produit en 2005, dans lequel est décrit le désarroi d’un jeune homme au lendemain d’une cuite. Le peu de dialogues et les plans secs annonçaient déjà un metteur en scène.

André Roy

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