Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

GENRE, STYLE.

2009-11-26

    Twilight : New Moon. Ce n’est plus un film, mais un phénomène. Pire même : un raz-de-marée, un cyclone, un 2012 à l’échelle du box-office. Les critiques pourraient bien se mettre à pratiquer des rites vaudous en piquant de trous-trous dans des figurines de Chris Weitz, réalisateur de la chose, ça n’y changerait absolument rien. La preuve? Il n’aura fallu qu’un week-end aux amourettes du vampire et de l’humaine pour se hisser à la 3e place des plus grands succès populaires de l’histoire en Amérique du Nord. Et vlan dans les dents, les critiques.

    Mais qu’on se résigne à accepter dans ce cas-ci (et seulement dans ce cas-ci) la défaite de la portée critique ne doit pas empêcher de se questionner. C’est en réalité un article, paru dans les Inrocks sous la plume alerte de Jean-Marc Lalanne, un des rares à trouver quelques qualités à ce deuxième volet, qui a mis la puce à l’oreille. « Aux USA, les films ont un genre. Pas seulement un genre cinématographique (thriller, comédie…), mais un genre sexué (homme/femme). Ou plutôt les genres cinématographiques sont tellement constitués, s’adressent à des publics si précisément ciblés qu’ils en déterminent le genre (aux mecs les films d’action, aux filles les comédies romantiques…) ». Voilà, toute péremptoire qu’elle est, l’affirmation est lancée. Et derrière elle, la question que pose sans nul doute New Moon : les films ont-ils un sexe?

     Après avoir vu la belle Bella se trémousser devant un vampire, puis minauder devant un loup velu, l’idée d’avoir vu un « film de filles » a en effet pu sauter à la gorge de plusieurs. Bien honnêtement, ce deuxième volet a en effet tout d’un Playgirl sur pellicule. Pectoraux de béton exhibés par ces messieurs loups-garous (Taylor Lautner, en particulier, nouvelle machine à séduire usinée par Hollywood), six-pack finement dessiné et crocs de vampires acérés offert en pâture à ces demoiselles à la moindre occasion (Robert Pattinson, l’homme qui faisait glousser les filles), jeune dame poussant de grands soupirs éplorés en regardant ces deux créatures se battre pour son petit cœur (Kristen Stewart), tortillements, gémissements, baisers sous la pluie et autres rêves mouillés : le fantasme est total. Et Jean-Marc Lalanne a d’ailleurs mille fois raison de comprendre le film comme l’aboutissement d’un « rêve de jeune vierge (en ce qu’il semble): se repaître sans fin de l’étape des préliminaires. »

    Un film de filles, pour filles en tout cas, concocté par un gars. L’idée chicote. Car New Moon, plus qu’un film rose, est d’abord et avant tout un film-recette. Un film formaté, fait pour émoustiller la demoiselle, mais aussi, pour ne pas les décourager, pour faire rêver le monsieur. Il suffit d’aller faire un tour en salles pour le vérifier d’ailleurs. À la sortie de la (très) longue épopée romantoc, lors d’une séance publique un dimanche à 13h, les visages, poilus ou blushés, arboraient tous le même sourire ravi. Faut-il s’en désoler? Sûrement. Car – et pas la peine de montrer les crocs, ça ne fait peur à personne -, New Moon n’a pas le centième des qualités qui faisaient du premier épisode, mis en scène avec finesse et grâce par Catherine Hardwicke (Thirteen) un plaisir, certes un peu coupable, mais tout à fait digne de ce nom. Interminable, faisant du symbolisme à la truelle, réalisé sans la moindre originalité ni recherche, le film applique la formule du film à succès à la lettre. Sans imagination, sans personnalité, New Moon est d’abord et avant tout un film formaté.

    Et voilà ce qui en réalité agace avec l’idée d’un film de filles : cette façon de voir les œuvres comme des jouets pour enfants, prédéterminés à s’attirer les faveurs des foules roses ou bleues. Cette façon d’admettre qu’un film qui a un genre doit surtout être le plus générique possible. Cette façon de capitaliser sur les envies et désirs supposés d’un public ciblé en oubliant qu’un film est d’abord et avant une question de style. Cette chose indéfinissable, qui flotte sur l’écran comme un esprit sans que l’on puisse exactement mettre le doigt dessus, sans que l’on puisse précisément le décrire. Cet esprit qui rend les films personnels, justes, intrigants. Or, en devenant un film de filles (ce qu’était tout de même beaucoup moins le premier volet), New Moon est surtout devenu un film sans style. C’est probablement ce qui est son pire défaut.


Bon cinéma

Helen Faradji

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Vos réactions (2)

  1. Comme vous avez raison... Merci de mettre des mots sur le sentiment indéfinissable qui m'habitait à la sortie du cinéma. J'ai vu New Moon avec ma fille de 13 ans déjà pâmée avant même le début. Et moi... que je l'ai trouvé long, cette bluette... Pourtant, le premier m'avait (plaisir coupable!) grandement plu : un scénario plus serré, une montée du mystère, des plans de forêt splendides, une magie qui me ramenait à mes 17 ans... Vous savez, j'ai lu les 4 romans, si. Plus ça allait, plus ça devenait ennuyant. J'ai peur du prochain film mais j'irai, hé oui, je préfère voir ce que ma fille voit et dit aimer. Faut bien qu'une mère se sacrifie de temps en temps ;-))

    par Pauline Bolduc, le 2009-11-27 à 14h55.
  2. J'ai adoré le premier; ce fut une véritable révélation; tons froids, conceptualisation simple, chimie sexuelle entre les protagonistes. Hardwicke avait fait un excellent travail. J'attendais New Moon avec impatience et oh! déception! Même ma soeur de 14 ans, qui avait DÉTESTÉ le premier a déclaré haut et fort: C'est le film le plus plate que j'ai vu! Dommage. Mais j'attends le 3e avec impatience. Davide Slade le réalise...ça promet!!!

    par Amélie Chaput, le 2009-11-30 à 16h17.

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