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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

RÉJOUISSANCES DE NOËL

2009-12-09

    Alors que les bilans de fin de décennie se préparent dans la joie et les cheveux arrachés un peu partout (ne ratez pas les nôtres et leurs surprises, la semaine prochaine, lors de la dernière édition de l'année de 24images.com, ne ratez pas non plus l'intéressante analyse thématique de la décennie de Peter Bradshaw dans The Guardian, parfaite lecture de coin du feu), l'envie d'un petit best-of de ce qui secoue la planète cinéma ces temps-ci s'est fait entendre. En commençant, bien évidemment, par les traditionnelles suggestions de cadeaux de Noël !

    Cinéphiles avertis, surveillez le pied du sapin. Avec un peu de chance, un dévoué membre de votre famille l'aura peut-être garni d'un de ces deux cadeaux à faire frémir de désir n'importe quel amateur de cinéma : la réédition en Blu-ray, particulièrement deluxe, du North By Northwest d'Hitchock ou le coffret Kuroasawa, édité par Criterion pour souligner le 100e anniversaire de naissance du maître japonais.

    Qualité technique impressionnante, qualité sonore tout aussi travaillée, livret fourni tant en textes qu'en photos, fascinant commentaire du scénariste de la bête Ernest Lehman (enregistré en 2000, alors que Lehman avait 84 ans), 4 mini-documentaires (dont un tout neuf sur le style Hitchcock commenté par Guillermo del Toro, John Carpenter, William Friedkin, Curtis Hanson, Martin Scorsese et d'autres), bandes-annonces d'époque, piste uniquement sonore pour mieux apprécier la musique de Bernard Herrmann : le classique du thriller d'espionnage signé oncle Alfred en 1959, et dont plusieurs passages furent tourné en quasi-clandestinité à l'ONU, méritait bien si beau traitement pour ses 50 ans. Pour s'amuser et se convaincre de l'utilité d'un tel cadeau, on peut toujours faire un tour sur le site de Wired où l'on nous explique avec le plus grand sérieux en 8 raisons pourquoi ce film reste un des cadors du genre.
 
    Beaucoup plus onéreux, beaucoup plus complet aussi, les plus chanceux verront peut-être atterir sous leurs yeux ébahis le coffret AK 100 : 25 films by Akira Kurosawa, édité par la rolls des éditeurs DVD Criterion. Si on y retrouve évidemment ses classiques (notamment Seven Samurai, Rashomon, Throne of Blood ou Kagemusha, - seul manque malheureusement à l'appel Ran, pour une sombre histoire de droits de distribution) ainsi qu'un livret réunissant analyses et commentaires des spécialistes Stephen Prince et Donald Richie, l'amateur applaudira surtout des deux mains la présence dans ce coffret de 4 films jamais encore édités en dvd de ce côté de l'océan : Sanshiro Sugata, son tout premier film réalisé en 1943, The Most Beautiful (1944), Sanshiro Sugata Part II (1945) et The Men Who Tread on the Tiger's Tail (1945). Certes, on pourra toujours chercher la petite bête et se désoler du fait qu'aucun film n'est accompagné de suppléments audio ou vidéo, mais ce serait un peu comme se plaindre de ne pas avoir eu de caviar en plus de son saumon fumé.

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    C'est toujours la bonne humeur qui règne avec la découverte du TOP 10 canadien de l'année du Festival de Toronto, puisque l'on y retrouve, aux côtés de Cairo Time de Ruba Nadda ou de Defendor de Peter Stebbings ( ???), 6 fiers représentants québécois : La Donation de Bernard Émond, Carcasses de Denis Côté, J'ai tué ma mère de Xavier Dolan, Polytechnique de Denis Villeneuve, The Trotsky de Jacob Tierney, Passenger Side de Matthew Bissonnette et The Wild Hunt d'Alexandre Franchi. À noter, tous ces films seront présentés à Toronto du 14 au 21 janvier. À moins que d'ici-là, comme à Montréal, la ville Reine n'ait encore été amputé d'autres salles de cinéma indépendantes (dimanche dernier fermait en effet le Carlton Cinema, un vrai coup dur pour les cinéphiles locaux.)

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    Toujours au rayon « bonnes nouvelles et cinéma québécois », le prochain et premier long réalisé par Podz (Minuit, le soir), Les 7 jours du Talion adapté d'un bouquin de Patrick Sénécal, ainsi que Last Train Home de Lixin Fan (choisi comme film d'ouverture par les récents RIDM) ont tous deux réussi à se tailler une place dans la programmation du festival de films indépendants Sundance (21-31 janvier prochains). Aucune raison de ne pas s'en réjouir. Pour un plaisir  plus immédiat, on peut aussi se payer un détour par le journalduncooperant.com pour y découvrir, vidéo-blogue par vidéo-blogue, à quoi ressemblera le prochain film de Robert Morin, dans lequel il joue Jean-Marc Phaneuf, un électronicien parti voir en Afrique ce qu'était exactement que la coopération internationale. On peut y réagir, par écrit ou par vidéo, on peut éventuellement y influencer le cours des choses et du film et on peut surtout y découvrir une des utilisations les plus originales, les plus créatives du web jamais faite à ce jour dans l'accompagnement virtuel d'un film.

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    Une dernière éventuelle réjouissance, à prendre pourtant avec toutes les pincettes du monde. Arrivé dans les boites courriels des journalistes lundi matin dernier, un communiqué du Regroupement des Distributeurs Indépendants de Films du Québec (représentant les compagnies suivantes : A-Z Films, Atopia Films, Axia Films, Domino Films, Evokative Films, Film Option, K-Films Amérique et Les films du 3 Mars) annonçait en effet plusieurs bonnes nouvelles à se mettre dans la panse avant Noël : une rencontre avec Télé-Québec, Radio-Canada et ARTV qui laisserait entendre que la programmation de films d'auteurs de ces 3 chaînes s'améliorerait (la marge est grande), des résultats positifs découlant de rencontre avec la SODEC et Téléfilm Canada quant à l'aide particulière à apporter au cinéma d'auteur, un droit de vote obtenu par le regroupement aux prochains prix Jutra, la facilitation de la circulation des copies de films en région mais surtout l'annonce d'une rencontre avec Daniel Langlois sur l'éventuelle réouverture des salles d'Ex-Centris ! On se garde néanmoins une petite gêne avant d'applaudir des deux mains. Car entre nous, si un tel événement survenait, 1) tout ce temps perdu aura été plus néfaste qu'autre chose et 2) qu'adviendra-t-il du projet de complexe dédié au cinéma dans le nouveau quartier des spectacles ? Autant de noires questions dont les réponses pourraient sérieusement assombrir ces temps de réjouissances.

Bon cinéma

Helen Faradji

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