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YOUTH IN REVOLT - critique d'Éric Fourlanty

2010-01-07

DÉCALAGE HORAIRE

    Une comédie américaine sur un adolescent qui veut perdre sa virginité? Difficile de faire plus prévisible, plus « film à numéros », plus ennuyant. La virginité des adolescents étant l’une des obsessions de nos puritains de voisins, en parler avec humour assure des salles de cinéma de centres d’achats remplies pour au moins une fin de semaine. La « virginity comedy » est au cinéma hollywoodien ce que le Big Mac est au hamburger : un produit vite fait, vite consommé et qui laisse sur sa faim.

    Pourtant, Miguel Arteta réussit à renouveler le genre avec Youth in Revolt, une comédie douce-amère à mi-chemin entre une bluette de Pascal Thomas et le ton décalé d’un Wes Anderson. Nous ne sommes pas tout à fait à Hollywood ici. Produit par les frères Weinstein, Youth in Revolt est un film calibré « cinéma indépendant de qualité », avec un générique (très réussi) en pâte à modeler, Steve Buscemi et Ray Liotta qui font leur tour, des références à Gainsbourg, à Camus, à Ozu, à Godard. On a même droit aux Cactus de Dutronc. Bref, nous sommes entre gens bien…

    Fan de Sinatra, Nick (Michael Cera) traîne le spleen de ses 16 ans au fin fond du Michigan, dans un monde qui semble tout droit sorti des années qui ont vu naître le héros de L’Attrape-cœurs, de Salinger.  Nous sommes pourtant bien à notre époque, quelque part à la fin du 20e siècle ou au début du 21e, dans une de ces petites villes américaines figées dans le temps. Ce flou et ce décalage soigneusement étudiés forment l’un des aspects les plus séduisants de ce film sûr de ses effets.

    Lorsque Nick rencontre Sheeni (Portia Doubleday), c’est le coup de foudre, mais la belle a déjà un prétendant. Sur les conseils d’un double qu’il s’invente (François Dillinger, jeune Français capable de tout),  le futur ex-puceau fera tout en son pouvoir pour conquérir sa Juliette. Y compris voler des voitures, se déguiser en femme et mettre le feu à un pâté de maison – ah, la puissance des hormones!

    Avec ses répliques assassines et ses rebondissements rocambolesques, le scénario de Gustin Nash (tiré d’une série de livres de C. D. Payne) est d’une redoutable efficacité et la mise en scène d’Arteta est du même acabit. Inventive mais sans se donner en spectacle, elle laisse toute la place à Michael Cera (Juno, Arrested Development). Avec sa tête d’ahuri intello, cet acteur d’origine canadienne pourrait passer pour un jeune Luchini d’Amérique du Nord. Il a en le mélange d’intelligence, de vivacité et de maladresse mais aussi, l’art d’incarner la gaucherie et l’audace qui fait tout le charme de ce film..  

Éric Fourlanty

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