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LARGO WINCH - critique de Bruno Dequen

2010-01-14

LE CAPITALISME : UN SPORT EXTRÊME

    Plus de quinze ans après sa création, Largo Winch, l’un des personnages les plus populaires de la bande dessinée européenne, fruit de la collaboration entre le scénariste Jean Van Hamme et le dessinateur Philippe Francq, a droit à son adaptation cinématographique. Et, à quelques menus détails près, ces premières aventures sur grand écran du playboy milliardaire sont suffisamment fidèles au matériel original pour satisfaire les amateurs de ce superhéros européen. Pour les non-initiés, ce premier film (la suite est déjà terminée) reprend la trame des quatre premiers albums de la série (L’héritier, Le groupe W, O.P.A., Business Blues). Suite à l’assassinat du milliardaire Nerio Winch, Largo, son fils adoptif rebelle et désinvolte, se retrouve malgré lui à la tête de la plus importante multinationale ayant jamais existée et découvre un milieu sans pitié. Désirant venger son père et sauver la compagnie menacée par une OPA, Largo combattra les requins de la finance au moyen de cascades toutes plus impressionnantes les unes que les autres.

    D’abord, les ‘bonnes’ nouvelles. Techniquement, ce blockbuster français n’a pas grand chose à envier à ses confrères américains, dont il reprend ad nauseam tous les tics actuels. Accumulation excessive de poursuites et de destructions, amour inconditionnel des plans d’hélicoptère et mise en valeur du corps athlétique de notre héros, tous les ingrédients sont là. En bref, une production ‘à la Besson’ de haute tenue. À certains moments, le jeu atrocement mécanique de tous les seconds rôles (même Kristin Scott-Thomas ne s’en sort pas) peut faire sourciller, mais la longue série de rebondissements qui constitue le film possède néanmoins un rythme frénétique qui en tiendra plusieurs en haleine. D’autant plus que le choix de Tomer Sisley (un ancien comédien de stand-up né à Berlin de père arabe et de mère israélienne) comme acteur principal permet de donner au personnage une identité multiculturelle, à l’opposé du prototype aryen des planches, qui sied bien à son statut de héros européen polyglotte.

    Malgré toutes ces compétences techniques, il demeure pourtant douloureusement ironique de voir arriver sur les écrans un film d’action portant sur le patron d’une multinationale. Au lendemain d’une crise financière monumentale, est-il en effet judicieux de dévoiler les aventures d’un jeune trentenaire richissime?  Bien entendu, le film dépeint le milieu de la finance comme un milieu malsain et criminel. Mais ce milieu (et les moyens dont il dispose) permet néanmoins à notre jeune rebelle de vivre des moments excitants et jouissifs. Et cette impression de jouissance, confirmée par le sourire quasi-permanent de notre héros, vise à provoquer un désir d’identification au personnage qui est particulièrement problématique.  D’autant plus que ce dernier se révèle tout au long du film d’une stupidité sans fond. Incapable de prendre une bonne décision, manipulé par le premier venu, Largo ne sort victorieux de cette première aventure que par ses incroyables capacités physiques et cardio-vasculaires. Cet athlète stupide n’est d’ailleurs pas sans rappeler le tout aussi ridicule capitaine Kirk du dernier Star Trek, avec qui il partage un désir d’action qui relève plus de la recherche puérile de sensations fortes que d’un réel courage. Mais où sont donc passés les héros?

Bruno Dequen

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