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BY THE PEOPLE: THE ELECTION OF BARACK OBAMA - critique d'Helen Faradji

2010-01-14

UN JOUR POUR CHANGER LE MONDE

    C’est ce qui s’appelle un coup de chance incroyable. Ou peut-être est-ce cela le flair? Être au bon endroit au bon moment, comme Stéphane Meunier l’avait été lorsqu’il avait suivi l’aventure de l'équipe de France lors de la coupe du monde 98 (Les yeux dans les Bleus, inédit au Québec). Ou comme les frères Jules et Gédéon Naudet qui avaient décidé de faire un documentaire sur le quotidien des pompiers et avaient planté leur caméra dans une caserne de New York…le 11 septembre 2001. Oui, il en fallait de la vision pour convaincre Edward Norton et HBO d’embarquer dans cette idée un peu folle de suivre, dès le début de 2007, la campagne d’un tout jeune sénateur nommé Barack Obama….. À l’époque, les américains ne connaissent qu’à peine son nom, tout le monde est encore persuadé que la révolution sera celle des genres : Hillary Clinton règne apparemment en maître sur le parti démocrate. Mais Amy Rice et Alicia Sams se lancent tout de même dans l’aventure. Peut-être avaient-elles deviné inconsciemment le sujet en or. Peut-être avaient-elles senti le vent tourner? Ou peut-être avaient-elles tout simplement été sensible au charme du jeune sénateur de l’Illinois, ce même charme qui 40 ans plus tôt irradiait d’un certain John F. Kennedy. La fascination qui affleure sans cesse à la pointe de leurs images aurait en tout cas tendance à le prouver.

    Parfois, cela gêne. La mise en scène neutre, l’absence de commentaires n’empêchent pas de sentir l’à-plat-ventrisme de deux cinéastes subjuguées. Le flirt avec le panégyrique agace. Mais d’autres fois, on se laisse emporter, nous aussi captivés par l’incroyable charisme du candidat, nous aussi contaminés par ce sentiment d’être parmi les privilégiés, invités à suivre sa campagne à ses côtés, dans ses coulisses, main dans la main avec Michelle, Jon Favreau, responsable de ses discours, ou David Wright, son directeur de campagne. Car c’est avec une sorte de fronde joyeuse et fébrile que By the People : the Election of Barack Obama nous invite à revivre les palpitations de l’investiture démocrate, de ces moments où rien n’était gagné, avant de mieux nous faire plonger dans les courbes de la montagne russe que fut la véritable campagne présidentielle, tout aussi chaotique, tout aussi fascinante. Des sursauts réalistes où le film se fait moins groupie et où le documentaire retrouve sa mission première : celle de témoignage, d’enregistrement du réel. Rien de plus, rien de moins. Certes, pour la critique, le recul, la compréhension de l’événement, il faudra voir un autre film, peut-être celui qu’on fera à la fin de sa présidence. Car By the people : The Election of Barack Obama ne filme en réalité pas tant un programme, des idées, un défi que la profonde envie de changement qui secoue un pays contradictoire et entier, simple et complexe. Pas tant un homme qu’un héros sorti de nulle part et incarnant, à lui seul, tous les mythes de l’Amérique (l’American Dream, le self made man, David contre Goliath). Pas tant Barack Obama lui-même, que l’espoir, purement et simplement. Les ficelles des procédés, notamment musicaux, ont beau dépasser du jupon, rien n’empêche alors les larmes de couler, rien n’empêche l’émotion de gonfler.

    Car dans le fond, c’est peut-être ce qui fait la force de ce documentaire : sa capacité à se faire l’exact miroir d’un temps où personne ne voulait être cynique; son désir mêlé d’excitation à naïvement croire dur comme fer que tout pouvait changer, après 8 ans de règne bushien, sa détermination à ne pas voir les ronces sur le chemin du paradis. Bien sûr, depuis les choses ont changé, le monde a repris ses esprits. Mais qu’il est bon de replonger avec une telle sincérité dans l’œil du cyclone. Qu’il est revigorant de se rappeler de ce 4 novembre 2008, où le monde entier, à l’unisson, s’est mis à croire en des lendemains qui chantent.

Helen Faradji

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