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DAMAGES SAISON 2 - critique de Pierre Barrette

2010-01-21

TRUST NO ONE!!

    Le renouveau de la série télévisée aux Etats-Unis, grâce en partie aux efforts qu’y consentent depuis quelques années plusieurs importantes chaînes câblées (principalement HBO, Fx, Showcase et AMC) nous a donné quelques joyaux, parmi lesquels la première saison de Damages, un « drame légal » (legal thriller est le nom du genre en anglais…) qui redéfinissait les standards d’intelligence et de qualité pour  ce type de série, qui longtemps s’est confiné à l’exposé de cas d’espèces plus ou moins exemplaires ou bizarres (sur le modèle de L.A. Law ou de Law and Order), présentés comme autant d’affaires à résoudre par les avocats-vedettes de l’émission. Scénarisée entre autre par Todd A. Kessler (qui avait travaillé sur Les Sopranos) et diffusée depuis 2007 sur Fx,  Damages est très différente : ici, pas de scènes de cour (ou très peu), pas de juges philanthropes, pas d’histoires de couchettes entre avocats, mais un récit complexe et sombre qui se développe sur treize épisodes ouverts, articulant avec brio plusieurs lignes narratives et jouant avec la forme d’une manière que l’on voit rarement au petit écran.

    L’intrigue de la première saison nous avait permis de faire la connaissance de Patty Hewes – extraordinaire Glen Close –, une avocate redoutée à la tête d’un important cabinet new yorkais ; alors qu’elle est sur le point d’engager une très importante poursuite contre un magnat de la finance (interprété par Ted Danson) apparemment coupable de délit d’initiés, elle embauche une jeune recrue de talent, Ellen Parsons. Celle-ci, d’abord enthousiaste et naïve, découvrira - en même temps que le spectateur  à qui elle sert en quelque sorte de guide dans cet univers d’apparences et de faux-fuyants -  que les véritables motifs et surtout les moyens déployés par sa patronne sont loin de l’idée qu’on se fait généralement du milieu légal.

    Il semblait difficile de croire que la seconde saison (qui sort cette semaine en DVD) allait réussir à maintenir le niveau d’intérêt suscité par les treize premiers épisodes ;  pourtant, force est de constater qu’elle y réussit très bien, complexifiant encore une intrigue déjà assez jouissivement alambiquée, poussant plus loin encore l’aspect dantesque du milieu qu’elle travaille à décrire, humanisant dans le processus des personnages qui pouvaient avoir le défaut au départ de paraître un peu carrés dans leur absolu manque d’éthique. Les scénaristes ont réussi le pari d’offrir une histoire différente – on tourne ici autour de questions environnementales, à partir d’un personnage de scientifique (William Hurt) qui a ni plus ni moins vendu son âme au diable (entendre : au Capital) – sans pour autant abandonner les prémisses développées lors de la première saison, offrant même au passage des rappels qui les réactualisent à la lumière des nouveaux événements.

    Au spectateur qui est prêt à accepter une certaine dose de confusion et quelques maux de tête à se demander quel retournement de situation l’attend encore, voilà une série qui offre de nombreuses gratifications et plus d’une raison d’en redemander, à commencer par l’interprétation de Glenn Close, sans qui le personnage de Patty – un des plus forts que la télévision ait à offrir en ce moment – perdrait en nuance et en profondeur. Mais le grand plaisir de Damages, celui qui nous pousse à dévorer les épisodes les uns après les autres – un peu comme on dévore un policier, la nuit, incapable de refermer le livre – c’est celui d’une histoire extraordinairement racontée, avec toutes les ressources du cinéma mais montée pour la télévision, avec en prime l’intelligence du regard porté sur notre monde, un regard que les événements récents, notamment dans l’univers de la finance,  prouvent encore plus juste qu’on voudrait le croire.

Pierre Barrette

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