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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

UN PEU DE LECTURE

2010-01-28

    Avant de commencer, un petit flash-back. La semaine dernière, nous devisions ensemble et joyeusement de ce nouveau phénomène, l'auto-distribution, permettant aux jeunes cinéastes indépendants de court-circuiter le système traditionnel de distribution en gardant eux-mêmes la main-mise sur tout le processus, via notamment l'utilisation de facebook, des blogs et de YouTube. Si l'idée enthousiasmait sans retenue, elle vient néanmoins de perdre quelques dents. En association avec le festival de Sundance, YouTube étrennait en effet le week-end dernier son tout nouveau système de location de films, rendant donc son utilisation pour la première fois payante pour la bonne cause. Choisis par le festival, les longs-métrages (Bass Ackwards, Homewrecker, The Cobe, Children of Invention, One Too Many Mornings) étaient disponibles pendant 48h, en visionnement à la demande, pour 3.99$ chacun. Malheureusement, aucun n'a réussi à dépasser une moyenne de 1200$ (avant que YouTube ne soit payé pour l'hébergement) et aucun n'a été vu plus de 300 fois, selon l'analyse des décevants résultats compilée par le site newteevee. Une bien mauvaise nouvelle pour ceux qui espéraient, certes peut-être un peu naïvement, de nouveaux lieux immédiatement viables où faire vivre le cinéma.

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    Pour se consoler, quelques nourritures spirituelles, la presse cinéma mondiale ayant été prolixe en intéressants papiers cette semaine. À commencer par ce portrait quasiment exhaustif découlant d'une rencontre toute mythique qu'a pu avoir Corey Kilgannon, journaliste du New York Times, avec le vrai…Serpico, Frank de son état et inspirateur d'un des films les plus justes et les plus puissants sur la corruption policière, Serpico (Sydney Lumet, 1973). Désormais installé dans un minuscule chalet, sans télé ni internet, à Harlemville, une petite communauté rurale au Nord de l'État de New York, l'homme de 73 ans, passablement abîmé par ses années de service, toujours hanté par son intense passé mais résolu à mener une vie saine et sans histoire, ne ressemble plus à Al Pacino. Mais est bien loin d'avoir épuisé son stock d'histoires à raconter, de son retour à New York en 1980 après un exil européen à un projet d'autobiographie, Before I Go, qui viendrait compléter le récit de sa vie fait par Peter Maas, et base du célèbre film.

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   Petit détour par la perfide Albion où Ben Child, auteur d'un blog pour The Guardian, se questionne avec pertinence sur les chances de réussite de Pixar à quitter le monde de l'animation pour se lancer dans l'aventure des films en chair et en os. S'autorisant un long retour sur l'histoire de Pixar et sur ses relations avec la maison mère Disney, le bloggeur s'intéresse plus particulièrement à l'annonce récente par Disney du tournage imminent par Andrew Stanton (M. Finding Nemo et Wall-E) d'un « vrai » film à Londres, John Carter of Mars, adapté d'un roman d'Edgar Rice Burroughs, annoncé comme un croisement entre Avatar et Flash Gordon (!). Un projet à double tranchant qui risque, en cas de succès, d'enfin et définitivement asseoir la légitimité des membres de Pixar comme cinéastes ou, en cas d'échec, de les cantonner pour toujours à l'animation, cet affreux mur entre vrai cinéma et cinéma d'animation ne se décidant toujours pas à tomber.

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    La dernière, et toujours aussi perspicace, interrogation de la semaine se retrouve sur le blogue Independent Eye, hébergé sur le site de l'Independent Film Channel. De passage à Sunance, l'auteur s'y interroge en effet sur l'étrange désenchantement qui semble frapper les jeunes acteurs du cinéma indépendant américain, de Ryan Gosling à Michael Pitt en passant par James Franco, chacun ayant décidé de diversifier sa carrière (souvent en la tournant vers la musique) pour éviter la prison des rôles convenus et sans réel défis. Une interrogation pour le moins singulière, habituellement associée aux acteurs dans la cinquantaine et plus, mais qui au regard des rôles donnés à ces jeunes acteurs dans les dernières années (sauf par Gus Van Sant) prend en effet tout son sens.


Bonne lecture et bon cinéma

Helen Faradji

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