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MARILYN À MANHATTAN - par Robert Lévesque

2010-02-04

    Marilyn à Manhattan ou Marilyn chez Milton, c’est tout comme. Il y a eu entre la star inquiète qui ne voulait plus jouer les pépées d’Hollywood et ce jeune photographe new-yorkais inspiré – Milton H. Greene (1922-1985) – une histoire d’amitié certes et d’amour assurément (quoique les deux demeurèrent silencieux sur leur intimité), mais aussi de famille, Marilyn déclarant que les Greene furent « la seule famille » qu’elle ait eue… Les milliers de photos que Milton prit de Marilyn (elle a 27, 28, 29 ans), le jour, la nuit, en intérieur, en extérieur, sont de loin les plus belles de toutes. Vue par Greene, la Monroe n’est pas une bombe sexuelle, Marilyn se livre telle qu’elle veut être vue, espiègle, pensive, pudique ; c’est Norma Jean, la vraie…
 
    Un documentaire qui passe sur ARTV le 6 février à 23 heures 25, Marilyn malgré elle, nous la montre, nous la restitue telle qu’elle musardait, s’amusait, posait sans poser de questions et, dans la confiance, cabotinait en se déhanchant comme une femme caoutchouc ou passait une crinoline pour se faire ballerine à la Degas… Sans oublier la fameuse série de la « Black Session », noir sur noir, sa peau lumineuse qui tranche la nuit morelle dans des images quasi abstraites à la Soulages… Marilyn en noir et blanc, en muet, en beauté. Longtemps gardées à l’ombre quelque part en Pologne (c’est-à-dire nulle part…), « en attente dont on ne sait quel réveil », comme le dit le psychanalyste Gérard Miller dans ce documentaire réalisé en 2002 et essentiel à la connaissance de Marilyn Monroe, on les voit enfin ces photographies jamais commercialisées par Greene…
 
    « Peut-être Milton Greene a-t-il aimé Marilyn comme personne ne l’avait aimé avant lui », commente Miller, énième psy à tourner autour du mystère Marilyn, du miel Marilyn. C’était, en 1954, l’année à la fois du mariage et du divorce d’avec le boxeur un peu « nono » Joe di Maggio, et il y aura ensuite Arthur Miller (quand en 1956 elle tournera Bus Stop, que Greene et elle co-produisent avec une Fox un peu forcée par leur détermination et qui n’en peut mais…), Miller dont le mariage médiatisé durera trois ans et demi. Et il y aura à cette époque new-yorkaise (parenthèse fragile avant le déclin psychologique) un autre film, le second, le dernier que co-produiront Greene et elle avec Laurence Olivier (The Prince and the Showgirl), un Laurence Olivier méprisant, adversaire acharné de « la méthode » des Strasberg et de leur Actor’s Studio (le stanislavskisme, la recherche de l’émotion à l’intérieur de soi, un peu quelque chose de la cristallisation proustienne), approche qui l’a, elle, tant aidée, qui lui a tant permis d’approcher du travail véritable de l’artiste, du jeu senti, de la tragédie, autrement dit l’art, voulait-elle…, elle qui disait préférer obtenir « des rôles de composition ». Je pense qu’elle en avait plus que marre des rôles de décomposition qu’Hollywood lui offrait…
 
    Chose certaine, ces quelques années passées à New York au milieu des années cinquante, la fréquentation de Milton Greene, ces photos-là, la petite place qu’elle prenait au dernier rang de la salle de l’Actor’s Studio, sage, attentive, ses 400 bouquins (vache, Arthur Miller déclara un jour qu’elle n’en avait lu qu’un seul en entier, un roman de Colette), le piano blanc de ses sept ans qu’elle avait retrouvé dans une vente aux enchères, et puis le printemps dans Manhattan et ses marches solitaires en manteau d’homme comme une Garbo jeune, tout ça que l’on voit, que l’on sent, que l’on devine, que l’on entend (cette voix de Marilyn qui fascinait tant Milton Greene, plus que son galbe), tout ça éclate comme un bonheur court et vif (tel un éclat rimbaldien) dans ce documentaire de Patrick Jeudy ; tout ça c’est le meilleur lot que l’on puisse trouver s’agissant de Marilyn Monroe dont la vie allait, ensuite, loin de New York, basculer dans le boulot, les barbituriques et l’absence totale de baraka…

Robert Lévesque

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