Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

MARI ET FEMME

2010-02-04

    On pourrait bien se dire inspiré par les progrès technologiques mis de l'avant par Avatar ou même prétendre que James Cameron nous a tout piqué, ce serait amusant. Mais on préférera simplement se réjouir de cet ajout à 24images.com : les capsules vidéo. Depuis longtemps, l'idée nous trottait dans la tête : comment profiter au mieux du web, comment apprendre ce nouveau langage et le mettre au service du cinéma, comment penser et parler cinéma à l'ère du 2.0 ? Si les réponses à ces questions restent encore à défricher, nous entrons dans le bal avec une réelle excitation. Rencontres inédites, prises directes et décalées avec l'univers de la création, images et sons repensés pour sortir du cadre plus traditionnel de l'interview souvent formatée : nous avons voulu ces capsules comme autant de pistes de réflexion à partager et à expérimenter. Au gré de l'actualité ou plus simplement des envies et coups de cœur qui nous font frissonner,  concoctées en collaboration avec notre mercenaire vidéo Dan Karo, elles viendront ponctuer à leur propre rythme, vos éditions de 24images.com. Pour inaugurer la série, une rencontre avec le cinéaste Denis Côté sur le plateau de tournage de son nouveau film, Curling, à découvrir ici.

    En attendant que les oscars se penchent sur notre cas et fassent de ces capsules vidéos un de leurs invités d'honneur, rentrons dans la danse et voyons donc ce que la liste des nominations aux oscars 2010, dévoilée mardi dernier, avait à nous dire. Beaucoup de choses en réalité. D'abord, ce non raz-de-marée Avatarien. Si les Golden Globes avaient jeté un pavé dans la mare cinéphile en le couronnant meilleur film, les nominations aux oscars ne confirment pas la tendance, n'en donnant « que » 9 au film de James Cameron, et rassurant du même coup beaucoup d'anxieux. Car, certes, si les bestioles ont pu trouver leur place dans les catégories reines meilleur film et meilleure réalisation, on reste tout de même loin des 14 nominations qu'avait remporté le lacrymal Titanic. Ce sera toujours un record qu'Avatar ne remportera pas.

    On pourrait aussi gloser sur la danse à 10 dans laquelle se retrouvent les prétendants au titre du meilleur film, mais on ne sait toujours pas si voir The Blind Side ou District 9 au même rang qu'A Serious Man des Coen ou Inglourious Basterds de Tarantino, ou si voir Michael Haneke en lice pour l'oscar de la meilleure direction photo et du meilleur film étranger, mais pas pour celui du meilleur film, doit nous faire rire ou pleurer. On préférera d'ailleurs mettre le doigt sur cette incongruité : la présence d'Up, de Pete Docter, dans la catégorie meilleur film et dans celle du meilleur film d'animation. Il faudra bien un jour que cette hypocrisie totale cesse : soit devra-t-on admettre une bonne fois pour toutes qu'un bon film est un bon film, peu importe qu'il soit de fiction, documentaire ou d'animation, soit faudra-t-il jeter à la poubelle cette nouvelle règle fourre-tout des 10 prétendants qui, en à peine 1 an d'existence, vient déjà de prouver sa profonde bêtise.

    Reste pourtant celle dont jusqu'ici nous n'avons pas écrit le nom. Celle par qui la surprise pourrait arriver. Celle qu'on n'appelle plus depuis longtemps Mme Cameron. Kathryn Bigelow, invitée surprise de la machine à rumeurs s'étant emballée il y a de ça quelques mois, elle aussi présente à 9 reprises dans la course aux oscars et dont l'irakien Hurt Locker était, il faut s'en rappeler, passé inaperçu ou presque au moment de sa sortie en salles (à peine 12 millions de box-office aux États-Unis, un bon point pour les oscars qui, malgré le cas Avatar, prouvent en le mettant de l'avant que la qualité des films n'a rien à voir avec leur succès commercial). Kathryn Bigelow qui, la semaine dernière, remportait le prix de la meilleure réalisation remis par la Guilde des Réalisateurs. Pour la mystique, on rappellera que le gagnant de ce prix a 55 fois sur 61 pu aussi ajouter l'oscar de la meilleure réalisation à son dessus de cheminée. Plus intéressant aussi, Kathryn Bigelow est la première femme à pouvoir s'enorgueillir d'avoir remporté ce prix.

    Une victoire, cette présence, - enfin - , d'une vision du monde féminine sur les plus hautes marches, cette mise de l'avant de la diversité des points de vue ? Peut-être.  Car Kathryn Bigelow, auteure, rappelons-le des virils Point Break, Strange Days ou K-19 : The Widowmaker, a certainement fait beaucoup pour briser le cliché habituellement attaché aux « films de femmes ». On reste néanmoins bien loin d'une réelle équité. Selon un passionnant article publié par le Guardian, citant une étude de Martha Lauzen, professeur à l'université de San Diego, sur les 400 nominations à l'oscar du meilleur réalisateur, seules 4 ont été attribuées à des femmes, incluant Bigelow (les 3 autres chanceuses : Lina Wermüller en 76, Jane Campion en 93 et Sofia Coppola en 2003). Aucune, pour l'instant, ne l'a encore remporté.

    S'interrogeant sur cette absence notable de femmes dans les sphères les plus hautes de l'univers cinéphile, l'article soulève notamment l'étrange et apparente incapacité des réalisatrices, présentes sur les bancs des écoles de cinéma et dans le monde du court, à passer dans l'univers du long, l'expliquant notamment par un sexisme généralisé d'un autre temps, l'exemplifiant par des cas aberrants, dont ce "no woman over 40 could possibly have the stamina to direct a feature film. I've heard people say that the kind of films they want to make are too big, too tough for a female director » proféré par une femme, directrice de studio américain.

    Alors, juste pour que l'on puisse maintenant ne plus jamais oublier de répondre à ce genre d'âneries, « si, il y a Kathryn Bigelow », juste pour que d'autres noms s'ajoutent aussi à la liste et que cette frontière soit une bonne fois pour toutes brisée, et juste, surtout, parce que son  film le mérite, on allumera un cierge le 7 mars prochain pour que Kathryn Bigelow soit la première femme à remporter l'oscar de la meilleur réalisatrice.

Bon cinéma
Helen Faradji

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