Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

RENDEZ-VOUS AUX RENDEZ-VOUS

2010-02-18

    Oui, la conférence de presse des Rendez-Vous du Cinéma Québécois a été le lieu de grandes rumeurs et autres petits bruissement. Les RVCQ, nous y a-t-on dit à demi-mot, sans trop vouloir s’avancer, devraient profiter de l’année à venir pour dévoiler quelques nouveautés : présence à l’année longue, association avec un autre événement montréalais et autres effets d’annonce étaient en effet aux rendez-vous de ces Rendez-Vous. Faut-il s’amuser à jouer à la devinette? Certainement pas. Toujours est-il qu’on peut néanmoins voir en filigrane se dessiner une petite appréhension : et si les Rendez-Vous, tout simplement, n’avaient plus les reins assez solides pour assumer tout seuls l’existence de cette dizaine dédiée au milieu et à ses a-côtés? Pas la peine d’être naïf, on sait bien que l’argent reste, et restera apparemment toujours dans le milieu culturel, le maudit nerf de la guerre. La tournée des Rendez-Vous, organisée avec pertinence pour assurer une réelle présence, avec ses artisans, de notre cinéma en région, revenue cette année après une annulation faute de moyens, en avait notamment souffert. D’autre part, à moins d’un séjour prolongé sur la lune ces dernières années, on sait tout aussi bien le problème structurel de financement des festivals de cinéma. La solution serait-elle, comme le dit l’autre, dans l’union qui fait la force? À voir…

    Reste en tout cas cette 28e édition qui, malgré le murmure donc, tiendra le fort exactement comme on l’attend d’elle. D’abord avec sa traditionnelle possibilité offerte à tous de rattraper sur grand écran (cinéma Impérial, Cinémathèque, ONF, Grande Bibliothèque, Quartier Latin et Maison Théâtre) le festin de films qui ont fait l’année du cinéma québécois 2009, tant en fiction, qu’en doc, en animation, en expérimental ou en court et d’ainsi avoir l’air un peu moins sot quand viendra le temps de râler contre les Jutra, au mois de mars prochain (on y reviendra, soyez-en assurés). Mais aussi ensuite avec sa sélection de premières, parmi lesquelles Les porteurs d’espoirs, de Fernand Dansereau (également convié à présenter une leçon de cinéma), New Denmark de Rafaël Ouellet (qui continue sa tournée des festivals après sa présentation au Festival du Nouveau Cinéma), l’intriguant Looking for Anne de Takaka Miyahira ou l’élu de clôture Journal d’un coopérant, le dernier-né du toujours surprenant, et cette fois peut-être encore plus que d’habitude, Robert Morin qui semble décidemment décidé à faire de son cinéma une machine à distribuer du poil à gratter. Faudrait-il s’en plaindre? Évidemment que non. Car si l’aventure de ce « premier film collaboratif 2.0 » semble avoir quelque peu tourné en eau-de-boudin (le vidéo-blogue tenu par Morin/son personnage Phaneuf ne paraît en effet pas encore avoir eu l’incidence escomptée sur le contenu ou la forme du film lui-même), ce Journal n’en reste pas moins une œuvre puissante et unique, aussi réflexive que dérangeante sur la bonté et la monstruosité.

    Le genre de coexistence étrange, fascinante, troublante qui caractérise d’ailleurs le cinéma droit et sincère jusqu’à la brutalité de l’autre grande surprise de ces Rendez-Vous : Bruno Dumont. Les fines bouches pourront bien chercher la petite bête et se demander pourquoi, oh mon dieu, un événement dédié au cinéma québécois s’est-il mis en tête d’inviter un réalisateur français et de lui donner la place d’honneur? Ceux-là, on fera comme d’habitude, on les laissera parler, pendant qu’on ira s'y prendre le choc du réel en pleine poire en (re-)voyant sa Vie de Jésus, son Humanité, son 29 Palms, ses Flandres et son Hadewijch. Oui, oui, Hadewijch aussi. Celui-là même qui n’a encore jamais été présenté par chez nous. Celui-là même dont on vous entretenait lors de notre passage au dernier Festival de Toronto où l’on découvrait, un peu éberlués, le destin sauvage et mystérieux de cette jeune femme éprise de Dieu jusqu’à la folie et qui viendra donc compléter comme il se doit cette passionnante rétrospective. Et comme les choses sont parfois bien faites en ce bas-monde, devinez donc qui viendra en personne nous entretenir directement de son cinéma en nous invitant dans son imaginaire? Bruno Dumont, himself, qui présentera une leçon de cinéma le vendredi 26 février à 14h dans l’espace cocktail de la Cinémathèque (une leçon que votre humble et dévouée moi-même animera, un grand privilège). Si ce n’est pas exactement cela qu’on appelle un rendez-vous…


Pour tout le reste, des 25 ans de la Guerre des Tuques aux 5à7, en passant par les partys et autres réjouissances, le site rvcq.com est là pour ça

Bon cinéma

Helen Faradji

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