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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

LA VALSE DES PRIX

2010-02-25

    Chaque année, c’est la même. La liste des nominations aux oscars ou aux Jutra à peine dévoilée, le gramophone s’enclenche et la rengaine commence: « c’est un scandale, une honte, trop de ci, pas assez de ça, et la postérité, bordel ». Cette année n’y échappe d’ailleurs pas, le cas Avatar (et dans une moindre mesure la liste des 5 heureux élus aux Jutra – 1981, Dédé à travers les brumes, Polytechnique, J’ai tué ma mère et Le jour avant le lendemain) ayant même rajouté sa bonne dose de piments, creusant encore un petit peu le clivage entre tenants d’une industrie devant récompenser ses chevaux les plus performants et tenants d’une réussite mesurée uniquement en termes artistiques.

    Pourtant, reste une cérémonie de prix qui semble préservée de ce tintamarre : les Césars, dont la 35 édition aura lieu ce samedi 27 février et dont TV5, habituel diffuseur de la chose, assurera la présentation à 16h30, heure de chez nous, alors que le jeune héros de notre cinéma national, Xavier « la houpette » Dolan, bataillera pour que son nom surgisse au milieu de ceux de Danny Boyle, Michael Haneke, Gus Van Sant, Clint Eastwood, Benoît Patar et Stéphane Augier et James Cameron, tous en lice pour le césar du meilleur film étranger. Bonne chance.

    Ceci étant exposé, la question reste entière : pourquoi de l’autre côté de l’Atlantique, là où les baguettes croustillent, les Césars jouissent-ils d’une certaine protection contre les tempêtes d’opinion publique? Comment parviennent-ils, du moins en apparence, à contenter tout le monde? On peut, en réalité, invoquer plusieurs raisons. La première est bête comme chou : la cérémonie elle-même ne prend pas en otage ses spectateurs de longues heures durant. Pas de pauses publicitaires, un véritable direct, un enchaînement rythmé et digeste, emballé, c’est pesé. Rien de la grand’messe donc qu’il faut suivre en réprimant ses bâillements et en se farcissant les mêmes pubs de chars-qui-vont-vite-vous-n’en-reviendrez-pas et de crèmes-qui-font-la-peau-en-cul-de-bébé pendant des heures et des heures (mention ici aux Jutra qui chaque année nous refourguent les annonces d’un certain méga-super-plex, odeur de popcorn et de sueurs adolescentes devant les jeux vidéos inclus). Dans le même ordre d’idée, force est aussi de reconnaître le talent certain des organisateurs des Césars à savoir choisir leur animateur de soirée. Valérie Lemercier, Antoine de Caunes ou cette année re-Valérie Lemercier accompagnée de Gad Elmaleh sont en effet tous passés par la case animation en faisant du décalage et de l’auto-dérision les maîtres mots des soirées. Un ton juste assez caustique, juste assez grinçant pour assurer une différence et un plaisir, à mille lieux du professionnalisme froid et faussement glamour des oscars ou de l’auto-célébration mielleuse et faussement gentillette des Jutra.

    Mais les Césars, ce n’est pas qu’une cérémonie, ce sont aussi, d’abord et avant tout les films. Et c’est peut-être là que les hexagonaux réussissent le mieux leur tambouille, dosant savamment l’équilibre entre réussites populaires et véritables pépites artistiques plus confidentielles. Certes, l’an dernier, le système avait montré ses limites lorsque Bienvenue chez les Ch’tis, réalisé par Danny Boon et succès intersidéral au box-office, n’avait récolté qu’une seule nomination, pour son scénario (une situation analogue, donc, à celle vécue par De père en flic, cette année, qui n’a valu « que » deux nominations à ses acteurs Michel Côté et Rémy Girard et quelques tonnes de beaux billets verts à ses artisans). Mais, avec le genre d’humour qui fait oublier toutes les fâcheries, Danny Boon avait tout de même pu trouver sa place lors de la soirée, lors d’un numéro inséré au déroulement lui ayant permis de n’entacher en rien son immense capital sympathie auprès des spectateurs et d’y gagner quelques quintaux en élégance des bons perdants. Voilà comment on ménage la chèvre et le chou, en protégeant les egos et en préservant la crédibilité et la légitimité de nos prix. Voilà aussi comment, en laissant une place plus qu’honorable aux gros canons (cette année, Le concert de Radu Mihaileanu, Le petit Nicolas ou LOL ont ainsi tous récoltés leurs nominations dans une jolie catégorie) sans les mépriser ni gonfler artificiellement leur mérite, on fait de ces prix une véritable arme pour défendre le cinéma qui en a le plus besoin, pour désigner à l’histoire ceux qui y méritent leur place, sans souci de faire plaisir à une industrie, mais simplement en se souciant de ce dont le cinéma aura l’air. La liste des réalisateurs dont le film s’est taillé une place au soleil pour l’éternité ces dernières années (Abdellatif Kechiche, Jacques Audiard, Pascale Ferran, Martin Provost....) suffit justement à le prouver

Bon cinéma

Helen Faradj

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