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WONDERFUL TOWN - critique d'Éric Fourlanty

2010-03-04

NOUVELLE VAGUE

    Classique (From Here to Eternity), symbolique (la finale de plusieurs films de Ferreri) ou dramatique (Titanic), la vague est cinématographique. Film thaïlandais d’Aditya Assarat, Wonderful Town s’ouvre sur le mouvement d’une vague gracieuse et calme, une petite vague qui recouvre le sable et qui, en se retirant, efface toute trace. Une vague qui pourrait bien en cacher une autre. Une entrée en matière à l’image de ce film juste et d’une remarquable sobriété.

    Architecte et musicien de Bangkok, Ton (Supphasit Kansen) débarque dans une petite ville endormie du Sud de la Thaïlande pour superviser un chantier de reconstruction. Une petite ville qui a connu la malaria, les grandes inondations, le tourisme et le tsunami de 2004. Une petite ville qui peine à se relever de ce dernier coup du sort. Na (Anchalee Saisoontorn) est née dans cette petite ville. Elle l’a quittée pour ses études, puis y est revenue s’occuper de son neveu et d’un hôtel quasi-déserté.

    Ton et Na se croisent, se plaisent et s’aiment tout simplement mais en secret. Sous n’importe quelle latitude, c’est le propre des petites villes de se méfier des étrangers à qui les jeunes filles donnent leur cœur et leur corps.

    Pour quiconque a séjourné en Thaïlande, ce film aux antipodes d’une vision touristique est un véritable voyage. On se noie dans les ciels, immenses, que la caméra balaye d’un regard impartial. On sent l’odeur de biscuit qui flotte dans les chambres d’hôtel modestes et bien tenues. On respire les effluves d’égouts et le parfum des fleurs capiteuses, alors qu’on ne sait où finissent les uns et où commencent les autres. On ressent la moiteur – qui n’est pas celle de l’Indonésie –  dans l’air et la brise qui soulage.

    On baigne dans la lumière étale, comme une brume dans l’air, qui abolit les perspectives, dans la lumière blanche et grise des néons, dans celle de l’aube qui monte et dans celle des ampoules nues dans les marchés de nuit. On entend le silence et le bruit pétaradant des mobylettes, à toute heure du jour ou de la nuit. Le silence et la clameur des coqs, à toute heure de la nuit ou du jour. Le silence.

    Si le cinéma sert, entre autres, à découvrir de nouveaux horizons, Wonderful Town est une vraie fenêtre ouverte sur un grand pays, une culture riche, une façon d’être au monde trop peu souvent montrée de l’intérieur sur nos écrans.

    La vague est cinématographique mais on ne peut pas, on ne peut plus montrer celle du tsunami.

    Pas d’autre alternative que le portrait en creux : les bâtiments, ceux qui ont tenus, ceux qu’on reconstruit, le vide laissé par ceux qui ont disparus. La quiétude d’une petite ville, l’apparente apathie de ses habitants. La douceur d’une rencontre amoureuse. L’espoir qui renaît, méfiant. La violence qui sourd, inévitable, quand tout est trop calme.

    Formé aux États-Unis, Aditya Assarat a su trouver la distance juste pour dérouler cette histoire d’amour, d’aliénation et de deuil. Antonioni n’est pas très loin. Cadres maîtrisés, récit qui respire, comédiens impeccables d’intériorité: Wonderful Town possède une grâce et une unité de ton remarquables pour un premier long métrage.

    De l’ouverture, faussement sereine, au dénouement, implacablement tragique, ce film qui laisse des traces vives cherche à montrer l’invisible et pose une question essentielle : quand la vague a tout emporté, que reste-t-il à ceux et celles qui y ont survécu?

    Soulignons que le DVD ne propose aucun supplément. C’est un moindre mal, vu les qualités du film.

Éric Fourlanty

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