Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

GOODIE BAG

2010-03-11

    Évacuons d’emblée le méchant. Par la plume de Roger Ebert, on apprenait en effet plus tôt cette semaine que Todd McCarthy, chef de section à la plume claire et précise et critique aux vues pertinentes et à la culture précieuse, officiant depuis 31 ans à Variety, la bible de la presse américaine, avait été mis à la porte « pour raison économique ». Histoire d’ajouter l’insulte à l’injure, le journal a tout de même proposé au vénérable de continuer à écrire pour eux, mais comme pigiste. Une honte.

    Si Anthony Lane écrivait dans le New Yorker avec une rare pertinence, « The overwhelming question that arises from the 82nd Annual Academy Awards goes like this: what level of respect should we accord to an industry that finds a place onstage for Miley Cyrus, but not for Lauren Bacall? », on peut également se demander quel respect nous pouvons encore avoir pour une industrie médiatique qui cède à la facilité et à la bêtise à la vitesse d’un cheval au galop?

    Le cri ayant été poussé, passons au vif du sujet. La poussière est désormais retombée, les résultats digérés, pas la peine d’y revenir. Oui, Kathryn Bigelow est entrée dans l’Histoire la veille de la Journée Internationale de la Femme. Oui, Avatar et Inglourious Basterds ont mordu la poussière (cherchez l’erreur). Oui, la soirée a battu des records d’ennui, mais continue à être l’événement le plus suivi et le plus commenté sur la planète cinéma.

    À ce sujet, un journaliste du Guardian s’est amusé à commenter les commentaires en observant toute la soirée la façon dont les oscars avaient été suivis sur Twitter à travers le monde. L’Histoire et la mondialisation en 140 caractères et moins, donc. On peut ainsi apprendre que James Cameron est particulièrement détesté au Brésil. Aux moments cruciaux de la cérémonie, Twitter regorgeait en effet de billets provenant du chaleureux pays, tous suivis de la mention #chupajamescameron, chupa étant l’équivalent local du définitif suck it de nos voisins. La raison de cette haine généralisée reste encore à préciser. Du côté de la perfide Albion, on a plus généralement souligné avec bonheur les victoires de Logorama du collectif français H5 dans la catégorie meilleur film d’animation (à ce sujet, on souligne que la Cinémathèque présentera ce film le 8 mai à 19h, ainsi que Up, oscar du meilleur film d’animation, le 1er avril à 18h30) et de Christoph Waltz pour son oscar du meilleur second rôle, ainsi que jacassé avec fort peu d’élégance sur le vieillissement de Molly Ringwald venue rendre hommage à John Hughes. Du côté de nos voisins du Sud, pas de quoi pavoiser non plus puisque si les billets issus des régions de New York et Los Angeles faisaient la part belle à Kathryn Bigelow, le Rest of United States (oui, le RUS) mettait à l’honneur une certaine Catherine Bigalow, héroïne de la soirée en terme de nombres de mentions bien que personne ne soit en mesure de confirmer avec précision qui elle est.

    Rayon controverse, on en sait désormais un peu plus sur le moment étrange de la soirée (non, pas les mimes dansés des principaux films mis en nomination dans la catégorie meilleure musique originale) grâce au blogue du New York Times qui s’y réfère d’ailleurs comme le moment Kanye West de la cérémonie. On en a en effet peu parlé, mais Roger Ross Williams, réalisateur du court documentaire primé Music By Prudence a vu son moment de gloire un peu gâché par une furie rousse, Elinor Burkett, venue s’emparer du micro lors de ses remerciements et lui couper l’herbe sous le pied. Mais le plus drôle dans l’histoire reste l’explication donnée par les deux protagonistes au site Salon.com. Selon le réalisateur, Mme Burkett a certes été productrice de son film, mais a été écartée du projet il y a plus d’un an, ce qui lui a tout de même donné le droit de s’inscrire en tant que productrice du film dans la course. Du côté de la dame évincée, les explications sont bien moins diplomatiques : « Je me dirigeais vers la scène pour prendre mon trophée quand M. Williams est arrivé à la course pour me dépasser et accepter la statuette. Et sa mère s’est servi de sa cane pour me bloquer le passage! ». On ne se méfie jamais assez de ce qui nous guette dans les allées du Kodak Theater

    Beaucoup plus sérieuse, mais là aussi tout aussi peu commentée sauf par CBC, la dispute entre Scandar Copti et Yaron Shani, co-réalisateurs du film Ajami, dépeignant la réalité de la vie dans un quartier de la ville de Jaffa et candidat israélien malheureux à l’oscar du meilleur film étranger (l’argentin Dans ses yeux a remporté le prix – on ira vérifier dès le 16 avril s’il méritait vraiment de voler le pain de la bouche d’Haneke et d’Audiard). Le premier, un israélien-arabe (son coréalisateur est juif israélien), aurait en effet déclaré qu’il ne souhaitait plus être considéré comme représentant Israël, se sentant trahi après l’arrestation musclée de son frère par la police nationale le mois dernier. En soi, l’affaire reste du domaine d’une épine nationale plantée dans la question artistique. Pourtant, elle ouvre aussi grand la boîte de Pandore la plus redoutée du cinéma : qu’est-ce qui et qui détermine au juste la nationalité des films…?  


Bon cinéma

Helen Faradji

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.