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IRANIENNES ENCERCLÉES - par Robert Lévesque

2010-03-18

    Il n’est pas bon d’être une femme dans la République islamiste de l’Iran, il n’est pas bon de mettre au monde une fille au pays d’Ahmadinejab, ce type sinistre au petit coupe-vent occidental et aux grands coups de gueule sauvages, ce dictateur frauduleusement « élu », en cravate, ce pur salaud de l’Islam misogyne, phallocrate et si vicieusement technocratique. Une femme non aliénée est évidemment en enfer dans un tel régime. L’enfer, c’est les hommes. Les Gardiens de la Révolution sont les geôliers du peuple et les tyrans de celles qui ne restent pas voilées dans le rang, putes puisque non soumises…
 
    Un cinéaste né dans ce pays de fous (les fous de Dieu) a filmé cela, ce cercle infernal dans lequel la femme iranienne s’enfonce, descend, croupit et se sentira plus libre au fond d’un cachot avec ses semblables, ses sœurs, que dans la rue des hommes, des frères au sens de l’honneur assassin, des maris brutaux, des filous hypocrites. Le film, courageux, audacieux, honnête, généreux, profondément engagé, s’appelait Le cercle (Dayereh en perse, Il Cerchio pour la distribution mondiale) et il remporta le Lion d’or à la Mostra de Venise en 2000. La réputation festivalière internationale de Jafar Panahi, dès lors, après Venise, Cannes (prix du jury en 2003 pour L’or pourpre), Berlin (Ours d’argent en 2006 pour Hors jeu), lui assura une certaine impunité (quoique ses films soient interdits en Iran), impunité que le régime cassa le 3 mars dernier devant l’inacceptable : il allait tourner un film sur les manifestations de l’opposition au régime, les grandes manifestations post-électorales par lesquelles le peuple iranien opposé à la dictature islamiste souffle ses espoirs, soigne ses blessures, voit ses amis exécutés, entretient comme il peut son désir d’en finir avec ces ayatollahs d’un autre âge.
 
    Comme l’une des pourchassées du Cercle, Panahi est donc aujourd’hui en prison. Sa femme s’est vue refuser toute visite à la prison d’Evine, sise dans le nord de la capitale. Cette censure, cette sauvagerie, ce meurtre de liberté qui rappelle les dérives fascistes, qui sent son Goebbels, on peut en prendre acte en regardant, sur TFO le 24 mars à 21 heures, Le cercle, un film sobre, un regard, un cinéma qui persiste et suit des femmes éperdues, dans les rues, les gares, les klaxons, les haut-parleurs, avec les musiques sortant des transistors, envahissant les quartiers de vitrines colorées, dans les bus : tourbillon d’une dictature bien actuelle quoique de nature archaïque…
 
    Jafar Panahi, qui réalise et produit, tenait lui-même l’une des deux caméras à l’épaule qui, maniées comme des complices dans un va-tout, filent le jeu cruel en courant derrière ces femmes traquées, des évadées d’une prison qui tentent de fuir ce pays et se perdent, une femme enceinte qui cherche à se faire avorter, une femme qui se désespère de ne pouvoir abandonner sa petite fille pour que quelqu’un, peut-être, l’emmène loin du cercle…, femmes qui fument, qui ne pleurent jamais, qui se cachent, condamnées sans accusation, Iraniennes encerclées par l’un des pires régimes qui soit, un régime qui joue à défier le monde occidental, qui menace caricaturalement de détruire Israël, un régime morbide et aveugle qui risque bien d’être l’enjeu de la prochaine inflammation guerrière mondiale…
 
    Heureusement qu’il y a, régulièrement, un cinéaste qui se lève et qui filme ce qu’il sait, ce qu’il sent venir, ce qu’il voit arriver, comme il y en a eu en Algérie, en Union soviétique, en Afrique, en Amérique, des cinéastes qui font honneur au métier, qui donnent de la noblesse au combat humain, qui élèvent le septième art; l’un de ces cinéastes qui prennent place dans l’histoire du cinéma et de l’humanité s’appelle aujourd’hui Jafar Panahi. Sa femme et son fils n’ont plus de nouvelles de lui. Voyez Le cercle.
 
Robert Lévesque
 

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