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FIFA 2010 - par Gilles Marsolais

2010-03-18

QUAND L'ART ET LA POLITIQUE SE REJOIGNENT

    Selon son habitude, le Festival du film sur l'art (18-28 mars) présente, dans ses sections Hommage et Regards sur le 7e art, un certain nombre de films portant sur des cinéastes et/ou leur œuvre. Faisant un peu bande à part, Reel Injun de Neil Diamond, n'aurait pas déparé la programmation des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal dans la mesure où il élargit son propos à une véritable recherche thématique.

    Documentaire coproduit par l'ONF du Canada, Reel Injun (2009) suit l'évolution de la représentation de l'Indien dans le cinéma hollywoodien, depuis l'époque du cinéma muet jusqu'à aujourd'hui. Le cinéaste recourt à un dispositif conventionnel, jalonné d'interviews et d'extraits de films, qui sont par contre judicieusement choisis. Le summum : John Wayne liquidant sans état d'âme un Peau-Rouge (Injun) ! Au total, le cinéaste jette un regard plus amusé que pamphlétaire sur les mutations de cette image, sans taire pour autant ses prises de position. Il rappelle que ces images ont contribué à créer des stéréotypes dévalorisants qui ont perduré jusqu'au début des années 1960 alors que l'Amérique allait vivre sa propre révolution, imposant de nouvelles valeurs et nouvelles images, et qu'elle allait devoir composer avec l'affirmation des Premières nations. À Hollywood, en 1975, le film de Milos Forman, One Flew Over the Cuckoo's Nest, marqua un tournant décisif, etc.

    Mais, alors que tout le film porte exclusivement sur le cinéma américain, et sur le traitement de l'image concernant spécifiquement les rapports entre les Blancs et les Indiens dans ce cinéma national, Neil Diamond s'autorise une pirouette méthodologique dans le dernier volet afin d'inclure dans son propos le film canadien Atanarjuat de Zacharias Kunuk. On comprend qu'il veut ainsi élargir son horizon, en passant d'un pays à un autre, et de l'Amérindien à l'Inuit, afin d'englober l'ensemble des peuples des Premières nations et clore son film sur une note positive. Mais, ce faisant, il aborde aussi un tout nouveau territoire, thématique cette fois, celui d'une culture vue non pas de l'extérieur mais de l'intérieur et montrée par ceux-là mêmes qui en sont les héritiers. Cela change la donne du tout au tout !
D'autant plus que, à l'évidence, la photo et le montage d'Atanarjuat s'inspirent de Nanook of the North de Robert Flaherty, cinéaste qui en son temps, à l'époque du cinéma muet, visait à préserver l'image et la culture des Eskimos en la magnifiant sur le ton de l'humour ! Voilà un fait troublant non abordé par Neil Diamond qui appellerait un autre développement. Reel Injun n'est certes pas le meilleur film de cette 28e édition du FIFA, mais il a le mérite d'indiquer une piste à suivre sur les chemins de la création, puisque cette nouvelle réalité thématique a commencé à prendre forme sur divers continents, depuis les États-Unis jusqu'à la Nouvelle-Zélande (Once Were Warriors).

Gilles Marsolais

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