Format maximum

Écrans

LE LABYRINTHE DE PAN - Critique de Juliette Ruer

2007-05-16

Qui a peur du grand méchant loup ?

    Tout le monde a vu le film, tout le monde en a parlé – surtout sur le Web -, et toute la planète cinéma était d'accord pour lui donner 3 oscars (décor, direction artistique et maquillage). Le Labyrinthe de Pan, de Guillermo Del Toro arrive en DVD auréolé.   

    C'est beau, sans aucun doute. Une finition impeccable. Jusque dans le bruit des gants de cuir, jusque dans le brillant des poussières qui volent à la lumière. C'est un travail d'orfèvre, précis et soigné, comme un peintre qui aurait composé sa palette une siècle avant de prendre le pinceau.

    C'est bien, aussi. Dans le sens de simple : le merveilleux supporte le compliqué, mais Guillermo Del Toro explique (dans le disc 2) que le conte de fée demande la plus grande simplicité. Pas sûre, mais il y est allé de deux histoires linéaires très faciles; celle de la réalité franquiste où un horrible capitaine veut tuer tout le monde et celle d'un monde fantastique où un roi cherche sa fille perdue. Entre les deux, une fillette pure reconnaît le mal et choisit le moindre. C'est donc un sombre cauchemar tout le long… Car rien à voir avec les bulles de La vie est belle de Benigni, du Magicien d' Oz ou de n'importe quel réalisme magique, où l'irréel est un baume, une fuite vers un monde meilleur. Ici, noir c'est noir, en vrai comme en rêve. Quand tout est hostile, on attend que le train passe, en se disant que tout cela va finir bien mal…

    On passe donc d'un bord et de l'autre du miroir avec une certaine nonchalance. Cette facilité est très calculée de la part de Del Toro qui a pensé son film ainsi, en couches et en sous couches, multipliant les possibilités d'explications (politique, sexuelle, psychanalytique, etc.), les similitudes et les oppositions entre les deux mondes pour les rapprocher, sans que pour autant jamais ils ne se rencontrent.

    À force d'effectuer des allers-retours entre deux enfers (sanguinolents et intenses), c'est cependant l'ennui qui sort vainqueur : On force sur le gore, pour capter le voyeur, au détriment de la mise en scène, assez plate, qui ne suffit pas à nous allumer. Elle réussit par contre à éclairer une bonne direction d'acteurs.

    Excellente jeune demoiselle et non-humains réussis - l'ogre maigre, un peu Goya sur les bords, et le faune vermoulu – joués par le même acteur. Mais le vrai loup de l'histoire qui remporte la palme, c'est le capitaine. Un méchant terrifiant, sadique parmi les fascistes, interprété par Sergi Lopez, diable d'acteur au spectre large, capable de bonhomie, de sensualité, de rigolade et de grande folie. Il est plus terrible que tous les monstres en latex.

    Dans le disc 2, une longue entrevue avec Del Toro a été saucissonnée en thèmes. La confection des costumes est plus intéressante que la satisfaction repue de l'auteur face à son œuvre.

Juliette Ruer

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.