Format maximum

Blogues

CANNES EN DIRECT 1: OUVERTURE - par Philippe Gajan

2010-05-13

    Dans sa nouvelle version anti-glamour, le Festival de Cannes a pris son essor ce mercredi 12 mai 2010. Anti-glamours, voir même contradictoires, les signaux qu'envoient les différentes sélections laissent perplexes. À commencer bien sûr, par le choix de Robin Hood en ouverture (mais ça ce n'est pas vraiment une nouveauté, les ouvertures cannoises frisant généralement le non-sens complet). Devant lequel il suffit de dire que le duo Ridley Scott, cinéaste de la barbarie / Russell Crowe, principe Mâle, fait ce qu'on attend de lui, que le début du film ressemble à Gladiator, que Cate Blanchett / Marianne est sublime en vierge guerrière, que la bataille de la fin ressemble à toutes les batailles filmées par Ridley Scott et est donc très bien. Hollywood Business as usual d'autant plus qu'on a droit à notre morale contemporaine, comme d'habitude et que ladite morale (subtile) de l'histoire est que l'Amérique des libertés (rassemblée autour de Robin) est née sur les cendres de la couronne britannique en boûtant le Français hors de la blanche Albion (au passage apprécions Lady Marianne en Jeanne d'Arc et le débarquement des Français filmé comme le débarquement en Normandie !). Une Amérique des libertés qui, dès le départ, s'est faite avoir (entendre manipuler par le pouvoir !). Bref en voulant donner corps à une réalité historique antérieure à la légende de Robin des bois (Richard Coeur de lion est mort sur le chemin de retour des Croisades), Ridley Scott abuse des reconstitutions, fait dans le politiquement correct et épaissit le trait, toutes choses qui ne servent à rien sinon à nous faire regretter Errol Flynn et Douglas Fairbanks.

    Ceci dit, cette ouverture pour le moins intempestive semble pourtant être l'un des seuls moments «glamour» d'une sélection qui semble avoir mis la barre à «auteur toutes» : Loach, Leigh, Kitano,  Apichatpong, Mundruczo, Im Sangsoo, Wang Xiaoshuai, Inarritu, Mikalkhov, Kiarostami, Tavernier, Beauvois... On ne va pas rigoler tous les jours. Ce qui serait sans doute une excellente nouvelle (après tout le cinéma est une chose sérieuse) dans l'idée assez radicale d'un festival qui se positionnerait idéalement aux côtés d'un cinéma fort, novateur et pourquoi pas … exigeant, si ce choix de noms nous projetait vers demain. Et après tout, Cannes a vocation depuis des siècles de publier chaque année le who's who du cinéma d'auteur. Mais l'absence (bon... la faible présence) de nouveaux noms fait craindre une sélection de cinéastes et non pas de films. D'autant plus qu'en lorgnant du côté de la section Un certain regard, traditionnelle antichambre, là encore les grands noms, certes très estimables, pullulent (Zia Zhangke, de Oliveira, Godard, Lodge Kerrigan, Hong Sangsoo, Cristi Puiu, …). Que penser alors de cette situation ? Certes le Festival de Cannes doit trouver un équilibre entre premiers films et fidélité à certains cinéastes, certes Cannes n'a pas vocation à découvrir de nouveaux talents (en tout cas pas uniquement) mais pourtant, il est important de ne pas figer l'histoire du cinéma.

    Une nouvelle fois, on va donc se tourner vers la Quinzaine des réalisateurs pour avoir accès, on croise les doigts, à une autre histoire du cinéma. Le départ d'Olivier Père, désormais patron de Locarno, laissait le champ libre à une nouvelle définition de cette histoire. Et effectivement, l'impression qui prédomine est celle d'une tabula rasa, le sentiment de s'aventurer en terrain inconnu (ou si peu connu en tout cas), une histoire qui semble passer par le cinéma de genre. Assez excitant, même si l'exercice peut s'avérer périlleux...

    Et puis, il y a l'effet Cannes, cette tentation de tout un chacun de profiter de cette vitrine internationale. Les politiques l'ont compris car sinon que penser de ces protestations guère sérieuses : l'Italie proteste contre la sélection d'un brûlot anti-berlusconien (Draquila – L'Italia che trema), la droite française contre la présence de Hors la loi, le film (algérien) de Rachid Bouchared (Indigènes) sur les massacres de Sétif. Dans les deux cas, cela ressemble plus à un moyen de faire parler de soi, qu'une critique vraiment sérieuse envers des films. Plus sérieuse semble être la sélection en compétition de l'infâme Mikhalkov, dictateur en exercice de l'Union Russe des cinéastes, ami du futur dictateur Poutine, alors que se déroule en France l'année de la Russie... Espérons que le film, Soleil trompeur 2 (?), nous fera mentir.

    Mais la véritable tristesse, la première tâche à porter sur le blason de Cannes 2010 n'est pas à mettre au passif de ses organisateurs, bien au contraire. Jafar Panahi ne sera pas là. Invité sur le jury, il a été «retenu» en Iran, soupçonné par le régime de préparer un film sur l'opposition. On devrait lui dédier cette édition. Au nom du cinéma, au nom du droit de s'exprimer.

Philippe Gajan

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.