Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

DES PIRATES ET DE L’AMOUR

2007-05-24

DES PIRATES ET DE L’AMOUR

    Le Festival de Cannes bat son plein. La machine à rumeurs s’emballe, le jeu des pronostics amusant. À qui la palme crie-t-on sur la plage comme un poissonnier essayant de refourguer ses crevettes? Au roumain Cristian Mungiu pour son 4 mois, 3 semaines et 2 jours que personne n’attendait? Aux Coen qui nous refont le coup de l’humour noir bien senti dans No Country for Old Men? Ou encore à Sokurov dont on apprenait qu’un malaise l’empêchait de se rendre sur place, pour son Alexandra? Allez savoir.

    En attendant, on retiendra aussi, sûrement, ce coup de gueule poussé par Roman Polanski lors de la conférence de presse du film anniversaire, Chacun son cinéma. « Moi je propose de raccourcir cette conférence. (...) Je crois que c'est une occasion unique, vraiment rare, d'avoir une telle assemblée de metteurs en scène importants, assis, faisant face à un public de critiques... et avoir des questions tellement pauvres ! (...) Je crains vraiment que c'est l'ordinateur qui vous a abaissés à ce niveau, que vous ne vous intéressez plus à ce qui se passe au cinéma, que vous ne tapez plus parce que vous n'avez plus besoin de clavier : vous transférez une information que vous obtenez avec votre souris, sur le papier que vous allez donner à la rédaction, et c'est pour ça que vous savez si peu de nous tous. Alors franchement, allons bouffer !" À force de glamouriser ce beau festival, de n’accorder d’importance qu’à la venue des Brangelina, de couvrir les partys comme s’il s’agissait d’événements importants, les cinéastes se rebiffent. Et d’un coup, notre cœur est comme réchauffé devant cette percée cinéphile.

    Revenons à nos moutons. Lorsque la croisette s’amuse, que nous reste-t-il? Assez peu de choses, pour être honnête. Annoncé un temps comme prenant l’affiche ce vendredi, Bug marquant le retour du cinéaste William Friedkin (French Connection) et ayant ravi lors de sa sortie la critique française, nous aurait consolé. Mais les voies des distributeurs sont impénétrables. Bug, ce sera pour une autre fois. Soyez sans crainte, on le surveillera.

    Bien sûr, on s’occupera aussi avec la rétrospective que consacre la Cinémathèque Québécoise au cinéaste suisse, Fredi M. Mürer, dont le dernier film, Vitus, sera présenté en première. Une belle mise en bouche est offert dans le numéro 132 de la revue où Marcel Jean éclaire un des films étonnants du cinéaste, L’âme sœur. À découvrir.

    Mais notre combat des chefs en salles, à quoi se résume-t-il? À ma droite, Paris, je t’aime, film collectif présenté à Cannes l’an dernier (on y revient) et où 18 cinéastes du gratin du cinéma mondial déclarent leur amour à la Ville Lumière.  À ma gauche, Pirates des Caraïbes 3 Jusqu’au bout du monde, toujours chapeauté par Disney (en passant, la touchante exposition Il était une fois Walt Disney au Musée des beaux-arts, ne se finit pas avant le 24 juin), toujours signé par le tâcheron Gore Verbinsky et toujours mené par le joliment déguisé Johnny Depp (fais-nous mal Johnny, Johnny et retourne nous prouver que tu es un de ces acteurs qui savent nous faire battre le coeur ), le fade Orlanda Bloom et la ravissante mais inexpressive Keira Knightley. Petite nouveauté, avec la présence de Monsieur art martial Chow-Yun-Fat. Ca volera peut-être plus, mais pas nécessairement plus haut et ça ne suffira certainement pas à nous pousser à l’abordage de cette grosse choucroute estivale dont le numéro 2 s’érigeait déjà en monument de lourdeur paresseuse. Mille millions de mille sabords aurait dit l’autre, que le choix était évident cette semaine.

Helen Faradji

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