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EN DIRECT DE CANNES 6: MI-TEMPS...- par Philippe Gajan

2010-05-18

    Voilà, c'est la mi-temps. Les rumeurs de palme d'or sont cependant très tenues, les rumeurs tout court d'ailleurs aussi. Ces deux dernières années, on avait présenté le Festival de Cannes sous le signe d'une fin de règne. Cette année, c'est plutôt le sentiment du calme plat qui prévaut. Avant la tempête ? Certains y voient le signe d'un changement de garde. Kitano, Kiarostami, ont déçus (entre parenthèse, Kiarostami avec Binoche, cela ressemble à de l'euro pudding et au syndrome Kieslowski de Bleu, Blanc et Rouge). Attendons un peu... Mais une chose est certaine, certains invités surprises leur donneraient plutôt raison. À commencer par les films sur la réalité virtuelle (L'autre monde de Gilles Marchand, R U There, Chatroom de Hideo Nakata), ceux sur Wall Street (de Oliver Stone au Cleveland vs Wall Street de Jean-Stéphane Bron) et ceux sur la religion, des sujets plutôt contemporains quand ils ne sont pas justement destiné à un public plus jeune également. Par exemple les hasards de la programmation ont fait se succéder à la Quinzaine deux films, Un poison violent de Katell Quillévéré (prix Jean Vigo cette année) et Ha'meshotet du jeune cinéaste israélien Avishai Sivan, deux premiers longs métrages qui partageaient un sujet commun, l'éveil sexuel chez un(e) adolescent(e) et la crise de foi corollaire. À la différence près que dans un cas, cela se situe dans des milieux catholiques de la Bretagne profonde et dans l'autre, au sein de la communauté juive orthodoxe de Jérusalem. La comparaison s'arrête d'ailleurs là puisque les films sont radicalement différent en terme de traitement, le film de la jeune cinéaste Katell Quillévéré, très précis, n'en est pas moins classique et proche d'une certaine qualité française particulièrement par sa peinture psychologique. Quand au cinéaste israélien, issu de la mouvance expérimentale, il s'avère beaucoup plus radical à la fois esthétiquement et narrativement.

    Transition idéale pour glisser un mot sur Des hommes et des dieux, le dernier film du trop rare Xavier Beauvois (Nord, N'oublie pas que tu vas mourir) dont la religion est également le sujet. On reviendra certainement sur ce beau film dans les prochains mois. Qu'il me suffise de dire la réussite des aspects théologiques et philosophiques du film, c'est-à-dire la grande dignité et la justesse de ce récit qui raconte l'évolution des doutes, comme des convictions, qui habitent neufs moines cisterciens regroupés dans leur monastère alors qu'un groupe de fondamentalistes islamistes a entrepris de massacrer les étrangers qui travaillent dans cette région aride de l'Atlas algérien. Basé sur des faits réels (sept d'entre eux furent exécutés au cours de la nuit du 27 au 28 mars 1996 par le G.I.A.), le film est passionnant tant qu'il reste entre ces murs et questionne l'engagement, la foi, le choix, ou encore notre relation à l'autre. Dès que pour des raisons d'accessibilité probablement, il s'aventure sur le terrain socio-politique, notamment sur les relations qu'entretiennent musulmans, islamistes et forces gouvernementales, cela devient forcément plus simpliste et donc moins convaincant. Reste un film de très haute tenue, courageux au sein duquel il fait bon retrouver le toujours impeccable Michael Lonsdale et un Lambert Wilson tout en retenue dans un rôle fort et digne.

Philippe Gajan

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