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THE COUNTESS – critique de Marcel Jean

2010-05-20

SISSI CHEZ LES VAMPIRES

    Trois ans après la comédie romantique Two Days in Paris, voici Julie Delpy à la barre d’un euro pudding intitulé The Countess, biopic consacré à Erzebet Bathory, célèbre aristocrate hongroise qui, selon la légende, aurait popularisé les ablutions au sang de vierge.

    On ne compte plus les films inspirés par la fameuse histoire de la comtesse : Delphine Seyrig a joué le personnage chez Harry Kumel (Les lèvres rouges), Paloma Picasso chez Walerian Borowczyk (Contes immoraux), jusqu’à Caroline Néron qui en a offert une version actualisée dans Eternal de Wilhelm Liebenberg et Federico Sanchez... Usée jusqu’à la corde, donc, la pauvre Erzebet qui selon certains serait responsable de la mort que quelques centaines de jeunes filles (d’autres parlent de quelques dizaines). Mais les historiens s’accordent sur une chose : rien de cela n’est certain.  La justice, au début du XVIIe siècle, n’était pas exactement irréprochable et il se pourrait aussi que la comtesse, trop puissante aux yeux du roi et de son entourage, ait été simplement victime d’un complot politique faisant d’elle une sorcière doublée d’une meurtrière psychopathe.

    Julie Delpy, qui signe ici le scénario en plus de tenir le rôle titre, d’assurer la réalisation et de composer la musique, oscille entre ces différentes lectures, de sorte que sa Bathory est une sorte de pré-féministe, poussée à la folie par un amour malheureux (elle s’imagine alors que le sang des vierges fait disparaître ses rides) et qui finira victime de la machination orchestrée par l’ignoble palatin de Hongrie, le comte Thurzo (William Hurt). Un scénario à cheval entre le grand spectacle de la légende et une interprétation politique. Un scénario qui manque singulièrement de personnalité ou de courage (ou des deux).

    Cela nous place donc face à une belle veuve qui, pendant la première moitié du film, promène ses jolies robes dans les fastueuses salles de bal des châteaux, se pâmant pour un jeune noble idéaliste (Daniel Brühl). Actrice principale française qui donne la réplique à un acteur allemand, à un Américain et une à une Roumaine (la superbe Anamaria Marinca de Quatre mois, trois semaines et deux jours), tandis qu’autour d’eux s’agite une équipe de techniciens anglais, belges, allemands… Voici le cinéma européen dans toute son infertilité créatrice, à peine capable d’accoucher d’un ersatz de télésérie américaine en costumes.

    Nous resterait donc la deuxième moitié du film, celle de l’horreur, des adolescentes saignées à mort, de la frénésie meurtrière, des bains de sang et des amours saphiques… Et on n’y a même pas droit! L’indécise Julie Delpy tourne autour du pot, montre quelques instruments de torture, deux ou trois bols de liquide rouge et camoufle maladroitement son manque d’inspiration derrière un étalage de pudeur… Mais, Madame, si l’histoire ne vous intéressait pas, il ne fallait pas la tourner!

    The Countess n’est pas un film. Plutôt l’auto-promotion d’une actrice trop convaincue de son talent. Julie Delpy la réalisatrice aurait dû voir que Julie Delpy l’actrice n’avait pas la stature pour tenir un tel rôle.

Marcel Jean

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