Format maximum

Blogues

EN DIRECT DE CANNES 7: GROSSE COLÈRE - par Philippe Gajan

2010-05-20

    Mais avant d'aborder le pourquoi de ma grosse colère, parlons d'abord des événements d'hier à Cannes. D'une part la présentation de Carlos hors compétition et d'autre part la présence de Mick Jagger à la Quinzaine. Cette fois-ci, il fallait donc aller chercher le cinéma non seulement du côté de la sélection officielle mais également du côté de la télé. Car Cannes présentait le dernier film d'Olivier Assayas, une télé-série de 5h30 réalisée pour la chaîne cryptée française Canal+. Au-delà de ce simple paradoxe polémique typiquement français (de la télé au ciné!), Carlos est paraît-il pour l'instant la bonne nouvelle de ce Cannes 2010. Paraît-il (selon entre autres Todd McCarthy qui n'a pas hésité à dire que Carlos était ce qu'aurait du être le Che), puisque je n'ai pas pu le voir. Le film était projeté une fois, à partir de midi. Autrement dit, le voir condamnait une grande partie de la journée, au bas mot trois autres films ! Quelle horreur !! Et pourtant, si c'était à refaire, j'irais voir Carlos cette fois-ci. J'ai déjà un peu oublié les films que j'ai vu à la place. Ah si, justement, il y avait Stones in Exile, un docu sur l'enregistrement par les Stones dans une villa du sud de la France du mythique Exile on Main Street. Alors oui, l'un des trois producteurs exécutifs, Mick Jagger, tout en français et en élégance, était là. Oui, entrer là en soi représentait un mini exploit, dans cette pagaille dont Cannes est si friande pour soigner sa légende. Mais non, le film n'est pas exceptionnel, loin de là ! Il faut dire qu'avec les trois Stones les plus célèbres comme producteurs exécutifs (Charlie et Keith étaient de la partie, mais absents hier), il ne fallait pas s'attendre à des révélations exceptionnelles mais plutôt à un exercice de haute voltige qui se devait de nourrir le mythe tout en prenant garde aux égos surdimensionnés des uns et des autres. C'est ce qu'on a eu avec en prime la musique des Stones et de superbes documents d'archives. C'était déjà pas si mal.

    Par contre, je me demande bien ce qui pourrait justifier la présence de Fair Game, cette pathétique daube, une curiosité toute hollywoodienne de Doug Liman (Jumper, The Bourne Identity). En fait trois questions se posent par rapport à cette mauvaise politique fiction qui tentait de reconstituer le scandale politique de 2003, ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Valerie Plame, cet agent de la CIA que l'administration Bush s'employa à couler pour faire diversion alors que les attaques contre les mensonges qui présidèrent à la déclaration de guerre à l'Irak se faisaient plus virulentes. Ces questions sont : pourquoi à Cannes (en compétition) ? Pourquoi à Hollywood ? Pourquoi au cinéma ? Pour la première question, il suffira de dire que Naomi Watts et Sean Penn en sont les acteurs principaux. Dans ce cas, ça ne sauve en rien du naufrage, mais on sait combien Cannes a besoin des stars américaines pour exister médiatiquement. Raté pour cette fois... En plus, Sean Penn n'était pas là ! Bref pas de réponse. Quand aux deux questions suivantes, elles sont liées. Hollywood n'est pas seulement une incroyable machine à rêves, c'est également un puissant rouleau compresseur, un faiseur d'opinion publique et le fer de lance des mythologies qui façonnent l'Amérique. Le film est mauvais en tant que tel (1h45 pour refaire l'histoire, c'est un peu juste), mais là n'est pas la question. La question est bien plus de savoir comment les États-Unis, désormais dans l'ère Obama pourront se dépêtrer de l'image désastreuse léguée par l'administration précédente. Réponse : comme au hockey, en retrouvant ses fondamentaux, famille, patrie, travail. Dans cet ordre... Saupoudrez le tout de cette croyance en la vérité et en Dieu, vous aurez le cocktail parfait pour écarter du revers de la main tout ce qui vous gène. Donc, l'Amérique pourra toujours se reposer sur ses citoyens vertueux (ne pas laisser la tâche de gouverner à une élite corrompue) pour rectifier le tir. Bref, Bush, Cheney, Rove, c'était un mauvais rêve, l'Amérique s'est depuis réveillée. Joe Wilson (le mari de Valerie Plame) vs la Maison Blanche, un petit examen de conscience et le tour est joué ! Berk... Finalement, je préfère la paranoïa d'un Ridley Scott !

Philippe Gajan

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.