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EN DIRECT DE CANNES 8: VIVE LE CINÉMA! - par Philippe Gajan

2010-05-21

    Trois films, trois grands cinéastes, trois grands (et vrais !) films dans trois sections différentes. Quand Cannes mets ses habits de cinéma, tout va bien ! Dans Rebecca H., Lodge Kerrigan ose conceptualiser tout son cinéma en demandant à Géraldine Pailhas de se multiplier à l'écran. Elle est Rebecca, une jeune femme dépressive qui veut partir chanter à Monterey, elle est Grace Slick, la chanteuse du Jefferson Airplane, elle est elle-même jouant elle-même... Elle est tous les personnages de Kerrigan, au bord du gouffre, ne sachant plus distinguer le réel de la folie qui les guette. Elle est l'actrice et le cinéma, ses zones d'ombres surtout. L'interprète du Garçu (plutôt rare ces dernières années) dans un film produit par Sylvie Pialat, dans un film écrit pour elle par Lodge Kerrigan. Il fallait y penser. Cela en agacera plus d'un, et pourtant...

    C'est à une toute autre réflexion que nous proposait le documentariste Frederick Wiseman,  monument du cinéma s'il en est. Wiseman est de la trempe de ces monstres sacrés qui ont tout inventé comme Godard ou de Oliveira. Il est venu présenté en personne son Boxing Gym à la Quinzaine des réalisateurs, un moment très émouvant, une ovation à la mesure de ce cinéaste de légende. Il fallait le voir frêle et ému sur scène, tout de modestie vêtu ! Boxing Gym est un vrai (et un grand !) film de Wiseman, le portrait d'un microcosme américain, une salle pour apprendre la boxe et bien d'autres choses encore. C'est le lieu de tous les rêves des américains, des gagne-petits, c'est le lieu où ils relèvent la tête et c'est beau. Toute l'humanité de Wiseman est dans ce regard à la fois juste et digne qu'il leur porte. Merci Monsieur Wiseman de les aimer !

    Et vint enfin Apichatpong et sa cohorte de fantômes. Uncle Boonmee va mourir, ses chers disparus (sa femme, son fils) lui rendent visite. Ils vont l'accompagner sur le lieu de naissance de sa première vie, une grotte au sommet d'une montagne. L'occasion de croiser certaines de ses vies antérieures, homme ou animal. Nous revoilà donc de retour dans la jungle mythologique de Tropical Malady. On y croise des singes aux yeux de braise, des poissons chats qui parlent, des sources de jouvence... Ce sont toutes les puissances du cinéma qui ont été convoquées pour assister le réalisateur. Baignant dans une bande sonore saturée par les bruits de la jungle, «adossé» aux traces photographiques de la guerre civile, Uncle Boonmee, qui se souvient de ses vies antérieures, est un film «plein», un film d'une grande simplicité qui embrasse la complexité du monde.

    Il a malgré tout fallu quitter au bout d'un certain temps le monde selon Apichatpong. Et la réalité extra cinématographique avait tout l'air d'une soupe à la grimace. La présentation du Hors la loi de Rachid Bouchareb (Indigènes), un film sur trois frères dont le destin sera irrémédiablement lié au mouvement pour l'indépendance de l'Algérie de 1945 (entre autres, le massacre de Sétif) et aux événements du 17 octobre 1961, provoqua la mise sous (très) haute surveillance du Festival hier. Les bouteilles d'eau et les pommes étaient confisqués au festivalier (pour éviter qu'il ne s'en serve comme projectile), les sacs fouillés à plusieurs reprises, les spectateurs passés au détecteur de métal. Bref, on avait l'impression de prendre l'avion aux État-Unis ! Et pour cause !! La France ne semble toujours pas avoir fait la paix avec son histoire. Ironie du sort, le film algérien de Rachid Bouchareb, à capitaux majoritairement français, a été taxé de révisionniste par des excités de la droite française qui n'avaient pas vu le film.

Philippe Gajan

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