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UN TOUT PETIT MONDE: EN DIRECT DE ZAGREB ET ANNCEY 1 - par Marcel Jean

2010-06-03

    L’Animafest de Zagreb célèbre cette année sa vingtième édition, le festival d’Annecy ses 50 ans et ASIFA (l’Association internationale du film d’animation) s’apprête à lui emboîter le pas. 2010 est donc une année de célébration pour l’ensemble de la communauté du cinéma d’animation. Une communauté somme toute assez jeune, parce que le concept de cinéma d’animation lui-même remonte environ à 1960. Avant cela il y avait le cartoon (c’est-à-dire Disney, Tex Avery, etc.) et les films dits d’avant-garde ou expérimentaux (c’est-à-dire McLaren, Fischinger, Alexeieff…). Il a fallu que le critique André Martin et quelques artistes évoluant dans ces secteurs ressentent le besoin de se regrouper et de s’organiser pour que naisse le concept de cinéma d’animation. C’est donc ainsi qu’ont été créés ASIFA, le premier regroupement professionnel, et Annecy, le premier festival consacré à ce type de cinéma. Dans cette foulée sont apparues d’autres manifestations, comme le festival de Zagreb, en 1972. Pourquoi Zagreb? Parce que la capitale croate était à l’époque l’un des plus dynamiques foyers de création de dessins animés, autour de cinéastes comme Bordo Dovnikovic, Dusan Vukotic et Zlatko Grgic, les plus célèbres représentants de qu’on appelait alors l’école de Zagreb.

    Toute cette introduction un peu scolaire pour dire que me voilà à Zagreb, en plein Animafest, sous un ciel pluvieux qui rend compliqué tout déplacement et gâche une partie du plaisir des festivaliers. Me voici à Zagreb dans un rôle plutôt singulier, car j’ai cette année été en charge de la sélection des films en compétition avec deux collègues : le Hollandais Gerben Schermer et le Croate Matija Pisacic. Les comités de sélection internationaux sont une sorte de tradition dans le monde des festivals d’animation et certaines des plus anciennes manifestations (Zagreb, Annecy, mais aussi Hiroshima) continuent de s’y conformer. Donc, impossible pour moi de commenter la qualité de la sélection : je me contenterai de dire qu’en mars dernier, les trois membres du comité ont vu autour de 830 courts métrages en 10 jours pour en retenir 39, exercice périlleux mais stimulant pour les sélectionneurs, impitoyable pour les cinéastes.

    Une centaine d’invités internationaux, un public local jeune et festif, des organisateurs tout aussi jeunes dont l’énergie et la passion sautent aux yeux. Parmi les invités,  les Suisses Georges Schwizgebel et Claude Luyet, les Estoniens Ulo Pikkov, Rao Heidmets, Olga et Priit Pärn, les Japonais Mirai Mizue et Kei Oyama, le Canadien Chris Landreth, les Québécois Claude Cloutier, Théodore Ushev et Marie-Hélène Turcotte… Une jolie brochette qu’on croise de projections en projections, de fêtes en fêtes, car l’événement est convivial. Une joyeuse bande qui pour l’essentiel se retrouvera la semaine prochaine sur le bord du lac d’Annecy. Comme dans le formidable roman de David Lodge, Un tout petit monde, où une poignée d’universitaires se retrouve invariablement, de congrès en congrès, un peu partout autour du globe. Mardi soir, lors de la soirée d’ouverture, plusieurs dansaient sur la musique d’un groupe nommé Boom Pacha Boom, composé de quatre musiciens straights men et de trois chanteuses en robes à pois et à crinolines. Le band reprenait de vieux succès : Locomotion, Lollypop, Cry-Baby. Un temps, on se seraient crus dans un film de John Waters, Divine en moins, bien sûr.

    Voilà pour la mise en contexte! La pluie vient de cesser. Le ciel s’éclaircit. Quelque chose me dit qu’il faut en profiter pour foncer vers les salles de projection, qui sont à vingt minutes de marche. Allez, je vous reviens demain, on parlera cinéma.

Marcel Jean

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