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UN TOUT PETIT MONDE: EN DIRECT DE ZAGREB ET ANNECY 2 – par Marcel Jean

2010-06-04

    Un festival de films d’animation, ça va vite. Cinq ou six jours, selon le cas, de sorte qu'aussitôt ouvert, on arrive à mi-parcours. Ici, à Zagreb, les programmes de compétition sont présentés en soirée, à 20 heures (à l’exception du premier programme, repoussé à 22 heures par la cérémonie d’ouverture), devant des salles remplies d'un public plutôt jeune et très réceptif. Loin de la frénésie un peu hystérique du public d'Annecy, celui de Zagreb est patient et ouvert, passant jusqu’ici aisément des films plus expérimentaux (qui sont cette année en bon nombre) aux œuvres plus linéaires (pas assez nombreuses au goût de certains).

    Toutefois, après trois programmes de compétition, on peut désormais dégager un favori du public. Un an après avoir fait crouler de rire le public d’Annecy, The Tale of Little Puppetboy, du Suédois Johannes Nyholm, a électrifié le public de Zagreb hier. On se rappellera que cette comédie déjantée, réalisée avec peu de moyens par un réalisateur adepte de second degré, raconte les aventures érotiques d'une marionnette aux yeux globuleux. Un film atypique signé par un artiste provocateur et totalement indépendant (il est son propre producteur), qui a tout le potentiel du film-culte.

    Quant au reste de la programmation, difficile d’identifier les favoris du public tant les modulations dans l’accueil réservé aux films sont subtiles. Il faut probablement aller du côté de Love & Theft, l’énergique, rythmé et virtuose exercice de style de l’Allemand Andreas Hykade, pour trouver un prétendant à la deuxième place. À moins que ce soit du côté de The Da Vinci Time Code, de Gil Alkabetz, autre film allemand qui a d'ailleurs plusieurs points communs avec celui d'Hykade. Là aussi il s'agit d'un exercice formel de haut niveau, construit autour de la notion de citation (Alkabetz cite La cène de Léonard, Hykade se replie sur une foule de personnages de dessins animés, de Betty Boop à Sponge Bob, en passant par le chaton de la série Hello Kitty et la fillette du Chapeau de Michèle Cournoyer). Les deux films exploitent à fond une trame musicale dynamique et jettent un regard plein d'esprit sur les icônes qu'ils reprennent.

    Quelques lignes à propos du jury, composé de l'Anglais Nigel Davies, de l’Américain Ron Diamond, de la Portugaise Joana Toste, de la Française Flore Poinsard et du Croate Marko Mestrovic. Difficile de prévoir de quel côté il penchera. Au premier coup d'œil, le groupe semble en effet plutôt hétéroclite et n’a pas de président déclaré : Davies est un animateur ayant travaillé notamment pour Aardman, Diamond principalement un producteur de publicités, Toste une réalisatrice au style plutôt classique, Poinsard l’assistante de Jacques-Rémy Girerd pour Mia et le Migou, et Mestrovic un peintre et cinéaste d'avant-garde…

    Dans mon texte d’hier, j’ai glissé quelques mots à propos de la température. Rien ne s’est arrangé de ce côté et la journée de vendredi s’est amorcée sous la pluie battante, alors que dès 8h30, les invités étrangers du festival (qui sont une centaine) se déplaçaient en délégation vers les autobus censés les transporter vers la campagne, pour le traditionnel pique-nique. C’est en effet une tradition à Zagreb de tenir un pique-nique à l’extérieur de la ville, le vendredi midi. C’est ainsi qu’une longue procession de parapluies s’est ébranlée dans la ville encore engourdie, pour une marche d’un peu plus d’un kilomètre à travers les flaques d’eau. L’humeur n’était pas à la joie. Le groupe s’est ensuite engouffré dans les autobus, chacun arborant une tête de funérailles, tandis que le cameraman attitré du festival filmait la scène. On s’est alors dit qu’il faudrait ajouter les sourires avec Photoshop. Une heure plus tard, arrivée dans un restaurant situé au bord d’une rivière en crue, le niveau de l’eau submergeant d’au moins 50 centimètres certaines installations. Les invités sont sceptiques, l’atmosphère morne. Puis, l’alcool aidant (après trois verres, chacun manie la langue anglaise avec plus d’aisance), l’ambiance s’est réchauffée et les groupes se sont mêlés : Estoniens et Japonais en bruyantes conversations, Canadiens et Slovènes trinquant à l’eau de vie aux bleuets, Chinois, Suisses, Français et Croates se photographiant à tour de rôle… Une convivialité caractéristique du milieu du cinéma d’animation, où survit encore cet esprit communautaire (esprit dont le revers négatif est la tentation du grégarisme) implanté par ASIFA, l’organisation qui chapeaute encore aujourd’hui le festival.

Marcel Jean

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