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UN TOUT PETIT MONDE : EN DIRECT DE ZAGREB ET ANNECY 3 – par Marcel Jean

2010-06-05

    Hier je vous parlais du public de Zagreb, de sa politesse et de son ouverture d’esprit. Voici donc que ce public a été poussé dans ses derniers retranchements lors du quatrième programme de compétition et qu’on a pu constater quelles étaient les limites de sa tolérance. La soirée, commencée avec l’excellent Black Dog’s Progress du Britannique Stephen Irwin, se déroulait normalement, le public témoignant même beaucoup d’enthousiasme à la fin de la projection de Logorama, le spectaculaire court métrage français oscarisé du collectif H5. C’est alors qu’un court texte est apparu sur l’écran, avertissant l’assistance que le film qui allait suivre pouvait être dangereux pour les épileptiques. Puis la projection de Stroboscopic Noise, de l’Autrichien Manuel Knapp, a commencé. Dix minutes de clignotements de lumière, à intensité variable. Un film radical! Du petit lait pour les amateurs de films expérimentaux, mais une expérience physique intolérable pour la frange plus conservatrice d’amateurs de films d’animation.

    Dès les premières minutes de la projection, on a senti l’inconfort de certains, agités sur leur siège. Vers le milieu, les protestations ont commencé à se faire entendre pour ne plus s’arrêter. Sur le générique final, des applaudissements nourris, certains sincères, d’autres ironiques, des rires, des protestations et un sentiment de libération palpable chez une bonne part des spectateurs. Puis, le film suivant, Abstract?, du Russe Alexei Dmitriev, a commencé. D’abord un son « blanc », bientôt accompagné d’un tableau de Rothko. Angoisse dans la salle, plusieurs spectateurs ne pouvant croire qu’ils s’apprêtaient à revivre leur malaise. Mais, bientôt, en un lent travelling arrière, le Rothko s’est transformé en un Edward Hopper. De l’abstraction lyrique, on est passé à la représentation bien rassurante… Soupir de soulagement dans une certaine frange de l’assistance.

    À la sortie de la salle, on ne parlait évidemment que de cela. Théodore Ushev était aux anges, le cinéaste français Georges Sifianos se réjouissait, la programmatrice estonienne Heilika Pikkov considérait que c’était un bon film, mais qui n’avait pas sa place dans un festival d’animation… D’autres s’indignaient, certains rentraient à la maison le regard vide... Pendant ce temps, le Hollandais Gerben Schermer et moi (rappelons qu’avec le Croate Matija Pisacic, nous avons sélectionné l’ensemble des films de la compétition de cette année) jubilions d’avoir su provoquer un débat…

     Aujourd’hui, dernière journée de la compétition. Quelques uns de nos compatriotes présents à Zagreb avaient l’œil fatigué lors du petit déjeuner, après avoir passé une partie de la nuit debout à regarder le quatrième match de la finale de Coupe Stanley (en direct à 2 heures du matin avec commentateur croate, ce qui vaut déjà mieux que Benoit Brunet). Aujourd’hui, il fait beau! C’est le temps de profiter de la ville, donc. À demain pour le palmarès.

Marcel Jean

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