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UN TOUT PETIT MONDE : EN DIRECT DE ZAGREB ET ANNECY 5 – par Marcel Jean

2010-06-08

    Soyons direct , quitte à être brutal : L’illusionniste de Sylvain Chomet, l’auteur des Triplettes de Belleville et de La vieille dame et les pigeons, est un échec. Un échec d’autant plus cruel qu’on apprécie d’habitude le travail du cinéaste et que, cette fois-ci, Chomet illustre un scénario de Jacques Tati. Excellentes références au départ, donc, pour se retrouver au final avec un film certes bien animé, certes soutenu par une direction artistique solide, mais mortellement ennuyeux. Un film, surtout, qui ressemble à un contresens tant il enferme Tati dans un sentimentalisme qui lui est pourtant étranger (sauf peut-être pour quelques brefs moments de Mon oncle).

    À travers la figure d’un Hulot dessiné qui est en fait un magicien vieillissant, L’illusionniste raconte la fin d’une époque, celle des variétés, alors que les clowns, les ventriloques et les acrobates sont renvoyés dans l’ombre par les chanteurs de rock aux cheveux longs. Sujet tatiesque malheureusement réduit ici à du passéisme. Repoussé jusqu’au pub d’une île écossaise, le magicien y fait la rencontre d’une adolescente naïve qui verra en lui une sorte de sauveur, un illusionniste capable de matérialiser ses désirs en faisant apparaître beaux souliers, joli manteau et petite robe chic. Elle le suivra donc jusqu’en ville, y perdra quelques illusions mais finira par trouver l’amour auprès d’un jeune voisin. Quant à notre magicien, il se résignera à accepter la fin de son époque… Laborieux, souffrant de problèmes de rythme alors que les gags qui tombent à plat se succèdent mécaniquement, L’illusionniste offre un bien pâle ersatz de Tati. Moins singulier visuellement que ne l’était Les triplettes de Belleville, le film ne parvient jamais à imposer sa petite musique. Dommage!

    Comme à chaque année, la compétition s’est amorcée à Annecy avant même la séance d’ouverture. Le premier programme de la compétition de courts métrages est assez mal équilibré, en fait, avec sa succession de films lents, voire longuets, souvent bavards et sans véritable relief. Même l’excellent Esterhazy d’Izabela Plucinska, placé en milieu de séance, paraissait terne. Pourtant, ce film racontant la chute du mur de Berlin du point de vue de lapins est à la fois charmant et plein d’esprit. Outre le film de Plucinska, on retiendra deux autres titres des sept films composant le programme. D’abord Jean-François, des Français Tom Haugomat et Bruno Mangyoku, pour son graphisme soigné et l’atmosphère d’étrangeté qui s’en dégage. Voilà un premier candidat au prix de la première œuvre. Ensuite, la coproduction anglo-australienne The Lost Thing, d’Andrew Ruhemann et Shaun Tan, sorte de film de science-fiction poétique dans lequel un garçon trouve, sur une plage, une immense créature, mi-pieuvre mi-machine.

    Un jury minceur de trois personnes (d’habitude, on en compte cinq) aura la tâche de décider du palmarès : le réalisateur Patrice Leconte (Monsieur Hire; Ridicule), le réalisateur John Musker (La petite sirène; La princesse et la grenouille) et la directrice du festival d’Hiroshima Sayoko Kinoshita. Quant au jury du long métrage, on y trouve Ari Folman (Waltz with Bashir), le parolier Tim Rice (Jesus Christ Superstar, Evita, les chansons du Roi Lion) et la productrice allemande Manuela Schöbel-Lumb.

Marcel Jean

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