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Plateau-télé

LA DERNIÈRE FUSILLADE - par Robert Lévesque

2010-06-10

    En général, les cow-boys n’étaient jamais malades et ils ne mouraient pas dans leurs lits, du moins au cinéma. Mais John Wayne, qui était une sorte de géant de l’emploi, ayant incarné à l’écran depuis 1930 et jusqu’au milieu des années 70 les plus intrépides et les plus invincibles des tireurs rapides, avait accepté ou voulu (dernier baroud) faire mentir l’adage en jouant le rôle de John Bernard Books, légendaire cow-boy rattrapé par le crabe, un colosse qui avait mal au bas du dos et qui apprenait du toubib que ce maudit crabe allait achever son œuvre de destruction en moins de quelques semaines…
 
    C’est assez particulier (remarquable ?) que cette sortie de piste pour un acteur de cette envergure, le véritable héros populaire de l’Amérique des mordus de western et d’action virile. En 1976, à 69 ans, se sachant atteint lui-même d’un cancer, Marion Michael Morrison, dit John Wayne, se glissa dans la peau de ce mourant de J.B. Books pour signer ses adieux au cinéma, bouclant ainsi, avec Le dernier des géants de Don Siegel, sa boucle de star, lui qui avait connu son premier succès 45 ans plus tôt avec La piste des géants de Raoul Walsh.
 
    Il faisait mentir l’adage sur l’invincibilité des grands porteurs de stetson, certes, il allait mourir à l’écran, oui, mais attention, avec cran, et il ne fallait pas trop en demander à Wayne question pathétisme, car, s’il accepta cette apocalypse plutôt miséreuse pour un roi de la gâchette, c’est en exigeant que son personnage périsse non pas de la maladie, dans son lit, mais tiré à bout portant, et dans le dos, lors d’un dernier règlement de comptes non pas à O.K. Corral mais à Carson City dans le Nevada, règlement de comptes convoqué par lui et avec non pas un, mais trois rivaux. Terminus derrière le bar du saloon. Et attention encore ! Il aura eu le temps de tuer les trois corniauds, succombant de la balle venue d’un quatrième, imprévu, le barman…
 
    On ne faisait pas de western sans femmes. Dans le cas qui nous occupe, on peut dire que « la femme » était représentée par un coussin rouge et or que Books traîne constamment avec lui et dont il avouera au toubib (joué très humblement par James Stewart) qu’il s’agit d’un souvenir d’une maison close du Colorado. Mais il fallait tout de même une femme, une vraie, dans ce foutu dernier film, et ce fut Lauren Bacall (très Lauren Bacall) jouant une veuve encore très présentable, tenancière d’une pension dans laquelle Books ira se loger pour boire son laudanum, entraîner le fils de la pension au tir précis et à la philosophie du dégainage, et fomenter sa dernière fusillade.
 
    De Lauren Bacall, le regretté Harold Pinter (sa veuve le raconte dans son journal qu’elle vient de publier sous le titre Vous partez déjà ? aux éditions Baker Street, lecture délicieuse) disait qu’ « elle n’est pas seulement célèbre, elle a l’air d’être célèbre ». Dans ce film de 1976, n’ayant à jouer qu’avec la corde de la compassion (avec un rien d’amour vers la fin dans le coin de ses yeux), Lauren Bacall est toute Lauren Bacall, on ne pense même pas à Bogie son vrai mari et on arrive aussitôt l’action déclenchée à penser que son personnage qu’elle assume pleinement, une veuve aimant encore son homme, saura comprendre et être touchée par l’incommensurable virilité de son pensionnaire…
 
    Le vrai titre était The Shootist, et vous pourrez vous en régaler sur Télé Québec le mardi 15 juin à 21 heures. Vous, je sais pas, mais moi, devant un tel film, je me suis permis une soupe poulet maïs..

Robert Lévesque

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