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UN TOUT PETIT MONDE : EN DIRECT DE ZAGREB ET ANNECY 6 – par Marcel Jean

2010-06-10

    Après trois programmes de la compétition de courts métrages, on a toutes les raisons d’être perplexe face à une sélection largement infantilisante, où se succèdent les films empreints de joliesse et de naïveté. On a ainsi eu droit au petit oiseau  incapable de voler (About a Bird de la Russe Olga Kudryavtseva), au petit oiseau incapable de chanter (Whistleless de la Danoise Siri Melchior), à la fillette trouvant un appareil photo dans un  parc (Get the Picture de l’Israélien Avi Ofer)…  Film symptomatique de cette tendance, Angry Man de la Norvégienne Anita Killi aborde la violence familiale de manière directe, avec beaucoup de savoir-faire technique et de raffinement esthétique, mais en parlant à des spectateurs adultes comme s’ils avaient cinq ans d’âge mental… Et comme ça dure 20 minutes, il faut être assez zen pour le supporter!

    Le comité de sélection comptait cette année l’Américaine Jennifer Oxley, connue pour sa collaboration à Sesame Street, la Suissesse Isabelle Favez, connue pour des films charmants, amusants et au graphisme soigné (Circuit marine; Valise) et le journaliste français Alexis Hunot. Un trio au profil plutôt conservateur et nettement orienté vers la production jeunesse. Dans ce contexte, on ne s’étonnera pas du résultat de la sélection, quoiqu’on puisse déplorer son manque d’audace.

    Avec 60% des films vus, le jury n’a pas tellement d’options pour un grand prix plausible (mais à Annecy, on a parfois des Grand prix qui n’ont rien de plausible). Du deuxième programme, on ne retiendra guère que Logorama, du collectif H5, film spectaculaire, au rythme enlevant et techniquement impressionnant, mais à ce point dépolitisé qu’on ne peut que regretter qu’un tel dispositif (le film est une poursuite aux accents tarantiniens  dans un monde de logos) ne dénonce rien,  cherchant plutôt à en dire le moins possible sur la société contemporaine. Pas surprenant que le film ait reçu l’Oscar… Dans le troisième programme, Les journaux de Lipsett du Canadien Théodore Ushev et Hand Soap du Japonais Kei Oyama se démarquaient clairement par leur ambition esthétique et leur volonté de parler du mal être (la dépression chez Ushev; l’adolescence chez Oyama) sans didactisme.

    Aussi présenté dans le troisième programme, Je t’aime, de la star japonaise Mamuro Oshii (Ghost in the Shell) ressemble à un véhicule promotionnel pour la pop sirupeuse et dégoulinante du groupe Glay. Pour inconditionnels seulement… Projeté à la fin du deuxième programme, Red-End and the Seemingly Symbiotic Society des Hollandais Robin Noorda et Bethany de Forest mérite qu’on s’y arrête tant les cinéastes parviennent à créer un monde cohérent et visuellement original autour d’une singulière colonie de fourmis s’agitant au rythme d’une musique techno.

    Du côté des longs métrages, la journée d’hier a été dominée par la projection de Piercing 1, du Chinois Liu Jian, œuvre archi-indépendante qui surprend par la virulence de sa critique à l’égard de la société chinoise, alors que des hommes d’affaires véreux et des policiers corrompus abusent de leurs pouvoirs sans vergogne tandis qu’un ouvrier au chômage tente sans succès de rentrer dans son village natal. Un film techniquement rudimentaire (Liu Jian en est à la fois le réalisateur, le directeur artisitique, le chef animateur, le mixeur et il prête sa voix à l’interprète principal) mais d’une pertinence totale, qui rappelle à certains égards La maudite galette de Denys Arcand. Un événement! Un moment charnière dans le développement du cinéma indépendant chinois.

Marcel Jean

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