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UN TOUT PETIT MONDE : EN DIRECT DE ZAGREB ET ANNECY 8 – par Marcel Jean

2010-06-14

    C’est finalement The Lost Thing, de l’Anglais Andrew Ruhemann et de l’Australien Shaun Tan, qui a remporté le Crystal du meilleur court métrage au festival d’Annecy. Un grand prix remis à un film consensuel, léger, très raffiné sur le plan graphique, qui a tout pour plaire à la frange traditionnaliste des amateurs de cinéma d’animation. Un grand prix qui selon nos sources était le choix déclaré de John Musker (le réalisateur de La princesse et la grenouille) et de Sayoko Kinoshita, directrice du festival d’Hiroshima. Le troisième membre du jury, Patrice Leconte (le réalisateur de Ridicule), aurait quant à lui préféré Love & Theft d’Andreas Hykade, finalement couronné du prix de la meilleure musique.

    On sait déjà que peu de gens se souviendront de The Lost Thing dans dix ans, mais ça c’est une autre histoire. Le Prix spécial du jury est allé à Angry Man, de la Norvégienne Anita Killi. J’ai déjà exprimé mes réserves face au ton pétri de bonne conscience de ce film qui repose toutefois sur un savoir-faire technique exceptionnel. Mais la sélection de cette année, avec son lot de films enfantins, semblait parfaitement configurée pour mettre le film de Killi en valeur.

    Le jury a aussi décidé de remettre, ex aequo, des mentions aux Journaux de Lipsett de notre compatriote Théodore Ushev, et à Don’t Go du Turc Turgut Agacik. Ici, le jury a fait le grand écart : d’un côté l’une des rares œuvres fortes du festival, de l’autre le démo tonitruant d’un petit gars qui a l’air de vouloir très très fort être embauché par un grand studio américain. C’est la grâce qu’on lui souhaite!

    Comme prévu, le prix de la première œuvre est allé à Jean-François, de Tom Haugomat et Bruno Mangyoku. Un prix mérité, incontestable, qui laisse cependant Logorama, du collectif H5, repartir les mains vides. Il s’agit, avec Hand Soap du Japonais Kei Oyama, du grand perdant du palmarès. Du côté du long métrage, Fantastic Mr. Fox de Wes Anderson a été couronné. Un bon choix, même si Piercing 1 de Liu Jian aurait été plus courageux. Primer le film chinois aurait toutefois signifié faire un pied de nez à l’industrie de l’animation, encore prisonnière de critères esthétiques pré-godardiens. Qu’un jury de personnalités issues de cette industrie ose poser un tel geste aurait été plus qu’étonnant.  Du côté des films de fin d’études, le Grand prix est allé à une production de six étudiants des Gobelins, The Lighthouse Keeper. Signalons que Lebensader de l’Allemande Angela Steffen, déjà primé à Zagreb, a reçu une mention. Je vous épargne la litanie des autres prix des innombrables catégories et jurys secondaires.

    L’édition du 50e anniversaire du festival d’Annecy est désormais derrière nous, une édition plombée par le contraste entre le grand nombre de cinéastes prestigieux invités (en vrac : Raoul Servais, Chris Landreth, Georges Schwizgebel, Paul Driessen, Raimund Krumme, Michel Ocelot, Pjotr Sapegin…) et le faible niveau de la compétition, ce qui a eu pour effet d’attiser la nostalgie et d’accréditer le cliché selon lequel « c’était mieux avant. » Tôt ou tard, le festival d’Annecy, le plus important dans le monde de l’animation, devra se pencher sérieusement sur la question de la sélection. Comment une manifestation de cette envergure peut-elle laisser la sélection de ses grandes sections compétitives à des comités ad hoc non imputables? Il y avait, cette année, plusieurs bons films qu’on n’a pas vus à Annecy, à commencer par Divers in the Rain, de Priit et Olga Pärn, Grand prix à Zagreb. Quel que soit le système, il y aura toujours des erreurs, mais on ne peut pas multiplier celles-ci impunément. Les membres du comité de sélection ne sont pas les seuls à blâmer, ceux qui les ont choisis doivent aussi assumer leurs responsabilités.

Marcel Jean

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