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LA SOUTANE ET LA FAUCILLE - par Robert Lévesque

2010-06-24

    La dite « guerre froide », en très gros, ça dura de 1945 à 1990, de la fin de la Seconde à la Chute du mur (dont j’ai un morceau sur mon bureau) ou, si vous voulez, pour être plus human interest, du suicide d’Hitler au fond de son bunker au solo de « Rostro » au pied dudit Mur. Elle ne fut pas toujours si froide, cette guerre des nerfs, il y avait parfois de la détente dans la tension USA-URSS, mais on peut dire sans se tromper que de 1948 à 1962 ça chauffa plutôt fort, c’était la guerre des boutons à qui pèserait dessus. Personne n’osa peser dessus, en 1962, ni JFK ni Nikita, et depuis, au réchaud, le monde va comme il va…, c’est-à-dire mal…
 
    Un journaliste italien, Giovanni Guareschi, dit Nino pour ses amis, né à Parme en 1908 et qui avait hasardeusement traversé les années du fascisme mussolinien en faisant de l’humour dans des fanzines, décida, « Musso » pendu et la soi-disant paix venue, d’en rire de cette guerre décrétée frisquette entre les cocos et les ricains, mais comme on était en Italie, au pays de Padre Pio (leur Frère André, moins timoré), il décida, en se mettant au roman, de recentrer le conflit larvé entre Moscou et le Vatican, entre le Kremlin et l’Église, question d’être plus efficace dans les cabinets de lecture et les halls de gares de la péninsule. La soutane, dans l’Italie de la Démocratie chrétienne, était payante et plus encore si on la soulevait devant la faucille. Guareschi avait donc trouvé son truc : un maire communiste, un curé catholique, dans un village non identifié de la plaine du Pô, joli guerre en perspective entre messe et masse…
 
    Guareschi, de 1948 à 1964, va publier quatre de ces aventures dialectiques et moqueuses entre un cureton et un magistrat de province. Toute l’Italie rigolera avec Don Camillo et Peppone, deux gaillards qui deviendront plus connus que deux Barabbas, les icônes du politiquement comique… Il y eut Le petit monde de Don Camillo, Don Camillo et ses ouailles, Don Camillo et Peppone puis Don Camillo à Moscou. Les poches pleines, le filon étiré, Guareschi passera le relais aux cinéastes car le truc était payant, comme le sera plus tard celui du Gendarme de Saint-Tropez, mais cela est une autre histoire…
 
    C’est Duvivier, le cinéaste de Maria Chapdelaine et de Pépé le Moko, qui prendra le contrat Camillo. Il en fera deux, Le petit monde de Don Camillo en 1952 et Le retour de Don Camillo en 1953. On les verra à Télé Québec le 27 juin et le 11 juillet à 21 heures. Ceux qui n’ont jamais vu ces films vintage se régaleront sûrement car, si l’ensemble fait vieillot du discours, le jeu des deux comédiens, Fernandel en Don Camillo et Gino Cervi en Peppone, est inoubliable. Un duo d’enfer entre Dieu et Marx, entre la soutane et la faucille.
 
    Fernandel c’était un phénomène. Il n’y a plus de ces bêtes de scène et de l’écran (De Funès fut le dernier). Avec sa gueule de corniaud et sa dentition de cheval, ce type (Fernand Contandin, de Marseille) qui avait débuté au caf’conc’ dans le comique troupier, tâté à fond de l’opérette et du récital (« Aurélie aussi », c’est pissant) puis joué d’une puissance dramatique exceptionnelle chez Pagnol (Angèle, en 1934), il avait poussé le cabotinage dans les confins du territoire interprétatif, c’était un génie et un monstre comme le cinéma d’avant la guerre froide en avait produit, Michel Simon, Jean Tissier, Le Vigan, et j’en passe…
 
    Dans Le petit monde de Don Camillo, à l’ombre de Fernandel et de Cervi, vous apercevrez Sylvie qui joue madame Christina ; c’était une actrice à tout faire dont le vrai nom était Louise Sylvie (1883-1970) et qui, après avoir tant roulé sa bosse dans les seconds rôles, trouva son épiphanie chez René Allio car ce fut elle, en 1964, La vieille dame indigne
 
 
Robert Lévesque

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