Format maximum

Écrans

HUNG - critique d'Helen Faradji

2010-06-24

LA BANDAISON, PAPA...

    2007 : crise du crédit hypothécaire. 2008 : chute des marchés boursiers, faillite de grands établissements financiers, crise majeure de l’emploi. 2009 : récession, et panique, mondiales. 28 juin 2009 : diffusion du premier épisode de la première saison d’Hung sur HBO, nouvelle création de Dmitry Lipkin et Colette Burson (The Riches), et de sa radiographie sans faux-semblant d’une Amérique en plein marasme économique, en pleine déconfiture sociale. Encore une fois, la télévision américaine prouve son incroyable réactivité à l’actualité, sa perméabilité absolue au monde qui l’entoure.

    Ray Drecker est coach de basket-ball dans une école de Detroit, en plein dans ce Michigan ruiné si souvent filmé par Michael Moore. Plus typique de l’Américain moyen, on ne fait pas. Physique athlétique, mâchoire carrée, chevelure blond cendré : le Marlboro Man se réincarne au petit écran. La cigarette en moins; l’Amérique n’a plus de vice. Mais Ray se fait aussi très rapidement symbole de l’Américain moyen frappé de plein fouet par la crise financière. Un salaire de misère, une maison passée au feu, des menaces de coupure planant sur l’organisation de son école (les premiers à partir : les profs d’art, triste signe des temps), un divorce, deux enfants obèses : la banalité est totale, il ne s’agit plus d’être riche ou pauvre, mais simplement de survivre. Mais au pays de l’entreprenariat, le mythe du self-made-man a la peau dure. Miser sur ses atouts, travailler dur, croire en sa bonne étoile : la dégringolade des marchés n’aura au moins pas entamé la croyance en l’American Dream ("in success, we trust"). Pour Ray, gâté par la nature, la solution s’impose vite : elle se trouve derrière sa braguette. Mais peut-on s’improviser gigolo? Dans un marché où dominent la misère sexuelle et la solitude, le pénis est-il un produit comme les autres?

    Entre stratégies marketing, publicité virale et bouche-à-bouche, aidé de Tanya, une poétesse de 38 ans sans perspective d’avenir (Jane Adams dont on retrouve avec plaisir toute la singularité 12 ans après Happiness), Ray va donc combattre le feu par le feu. Le plus vieux métier du monde contre la plus pénible plaie du monde. Perpétuant la tradition inaugurée par Weeds ou Breaking Bad, la subversion en moins, Hung, sorte d’anti-Boogie Nights bien de son temps, s’inscrit dans la forme sucrée du soap pour mieux redéfinir les contours de ce qu’est la normalité en pays yankee.

    Car, malgré les facilités scénaristiques, les rebondissements faciles et paresseux, le manque de réel mordant ou la mise en scène davantage marquée par l’efficacité que l’imagination, Hung tient surtout par sa capacité à se transformer en portrait net et ironique de ce que l’Amérique est devenue. Un pays où la classe moyenne n’existe plus ou presque. Une contrée où l’idée même de normalité, grande fierté nationale, ne parvient plus à exister, sans cesse repoussée vers les marges (de la pauvreté ou de l’opulence, de la légalité, du confort, de la sexualité) pour se sortir de l’impasse. Un espace où les rapports de classe sont à la fois plus vifs et plus flous. Rien d’étonnant d’ailleurs à ce que l’épisode pilote de la série ait été confié aux bons soins d’Alexander Payne qui, dans About Schmidt ou Sideways, avait déjà justement posé son regard sur cette désintégration de la classe moyenne. Rien d’étonnant non plus à ce que soit précisément par cette observation que la série prenne tout son sel. Bien plus que dans celle de cet homme bien mieux fourni… que la moyenne.

Helen Faradji

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.