Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

VIDÉOS À LA PELLE

2010-07-01

    On ne se fera pas de cachette. À part l'offrande de maître Resnais, ces dernières semaines en salles n'ont rien eu de follement excitant. Et, excepté Fantasia dont l'offrande sanglante nous parviendra dès le 8 juillet (on y revient très vite) ou ce Inception dont on espère sincèrement qu'il relèvera le niveau, les prochaines ne s'annoncent pas plus palpitantes. Comment étancher alors notre soif d'images qui bougent ? Tout simplement, en s'arrêtant quelques instants devant notre écran d'ordinateur, fidèle allié quand vient le temps de vivre sa cinéphilie par procuration. En marge des bandes-annonces inédites et mystérieuses qui viennent d'envahir les internets (en haut de palmarès, celle, très "Oliver Stonienne", de The Social Network, nouveau projet paranoïaque et dramatisant de David Fincher consacré à la vie — palpitante? — de Mark Zuckerberg, créateur de Facebook), ces derniers regorgent en effet de petites merveilles et autres créations 2.0, pensées avec originalité et pertinence pour célébrer le cinéma autrement.

    Commençons, politesse oblige, par le doyen de la semaine, M. Claude Chabrol qui fêtait ses 80 ans le 24 juin dernier, on l'imagine, en mettant son légendaire coup de fourchette (l'homme croit dur comme fer au pouvoir de la gastronomie) et son rire ogresque au service des festivités. Le beau Serge, Le boucher, Que la bête meure, La cérémonie, Violette Nozière, Betty, Merci pour le chocolat... des polars et drames sociaux à la pelle, un regard toujours jouissif et révélateur sur les dessous pervers de la bourgeoisie de province, une visite des coulisses toujours féroce, toujours ironique, derrière les lambris et les cheminées de pierre. L'autre pilier de la Nouvelle Vague, grand spécialiste du cinéma d'Hitchcock, un temps attaché de presse pour la Fox, producteur pour Rohmer, "superviseur" d'À bout de souffle... 80 ans, donc, que Claude Chabrol vit, mange, respire cinéma pour notre plus grand plaisir. Pour souligner l'événement, c'est sur la page de la chaîne franco-allemande ARTE qui lui consacre un dossier spécial qu'il faudra aller fouiner. Programmation de films commentée, biographie, longue entrevue (« Depuis la mort d'Éric Rohmer, je n'ai plus qu'un seul aîné en vie : Jacques Rivette, ce qui fait qu'on prend quelques gants avec moi, y compris dans la presse »), galeries photos: la panoplie classique des dossiers web est déployée. Mais là où se déniche le petit plus produit, c'est dans ces 3 vidéos inédites mises en ligne pour le compléter : Claude Chabrol en 4 minutes (une voix-off sympathique synthétise avec allant l'essentiel de son œuvre sur fond noir), une entrevue étonnamment émouvante avec James Gray, enregistrée dans sa modeste chaumière hollywoodienne où trône une affiche des Bonnes femmes dédicacée et un résumé des 54 films du maître en une seule bande-annonce. Des vidéos originales, donc, mais surtout, une façon de garder le cinéma de Chabrol vivant et animé, encore un des plus beaux cadeaux qu'on pouvait lui faire.

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    Dans le Guardian, cette fois, ce sont les fans de Jacques Audiard qui feront la fête. À l'occasion de la sortie en Blu-Ray du Prophète sur le territoire de la perfide Albion, le quotidien offre en effet sur son site une sélection de 3 scènes supprimées du film multi-primé commentées par le fils de son père. Élégance dandy, scènes intéressantes, travail songé sur le montage et la complexité des relations entre les personnages, chaque mot d'Audiard vient alors éclairer avec pertinence le processus de création de cette œuvre unique et singulière.

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    Encore quelques jours pour en profiter. Le site The Auteurs, transformé en Mubi depuis peu, propose une section spéciale Cannes. L'idée? Faire profiter gratuitement à tous les gentils cinéphiles disséminés autour de la planète d'une sélection de films présentés à la grand'messe du mois de mai depuis des années. Et pas des fonds de tiroir. Voyez plutôt. Amarcord de Fellini, L'Avventura d'Antonioni, Dancer in the Dark de Lars Von Trier, À ma soeur de Breillat, Mon oncle de Tati, Harakiri de Kobayashi, Divorce à l'italienne de Germi, Tulpan de Dvortsevoy et Our beloved month of August de Gomes… En direct de chez vous, sans même avoir à lever le petit doigt, ou presque. Plus aucune excuse, donc, pour ne pas en profiter.

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    Et enfin, la section vidéo du New York Times, devenue ces dernières années une véritable référence en matière de conjugaison de l'exercice critique en images. Analyse de séquences de films cultes, retours historiques (ces temps-ci, les 30 ans d'Airplane et son influence sur la comédie américaine), listes compulsives et obsessionnelles, mais surtout critiques de films par les estimés Dargis et A.O. Scott, dont les commentaires pertinents se mêlent aux images du film choisi. Non en fonction de sa place dans l'actualité ou sur l'échelle du box-office. Mais simplement parce que les critiques ont envie de parler de ces films, importants à leurs yeux. Cette semaine, c'est Blue Velvet de Lynch qui a les honneurs, analysé en fonction de sa relation à la "vraie Amérique", de sa théâtralité, de son ambiance nostalgique et de la place qu'y tenait le regretté Dennis Hopper en Frank Booth. Nourrissant, simple, inspiré : la recette est un must.

Bon cinéma, peu importe où vous le trouvez

Helen Faradji

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