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Plateau-télé

BEAU COMME UN YACHT – par Marcel Jean

2010-07-15

    Archétype de ce que le philosophe américain Stanley Cavell appelle joliment la comédie du remariage, The Philadelphia Story nous entraîne au cœur de la comédie classique américaine, alors qu’une jeune femme de la haute société (Katharine Hepburn) renoue avec son premier mari (Cary Grant), au moment même où elle prépare son second mariage. Un mariage qui prend des allures d’affaire d’état (d’où le titre du film) et qui en conséquence attire un journaliste (James Stewart) et sa photographe (Ruth Hussey). Un remariage qui, si on va dans le sens de Cavell, permet de jeter les bases d’une structure sociale rappelant celles sur lesquelles se fondent les nations (d’où le lieu de l’intrigue, Philadelphie, creuset de la société américaine).

    Dialogues tranchants livrés avec une précision de l’ordre de la milliseconde, mise en scène élégante et fluide, un film « yar », pour reprendre l’expression maritime employée par le personnage de Katharine Hepburn dans le film, c’est-à-dire facile à manier, fin, racé, droit… Un classique parmi les classiques! À la barre, George Cukor, qui vient de se faire virer du plateau de Gone with the Wind à la suite de ses nombreuses prises de bec avec le producteur David O. Selznick. La situation ne risque pas de se répéter pendant le tournage de The Philadelphia Story, puisque le producteur est cette fois Joseph L. Mankiewicz, par ailleurs excellent cinéaste (All About Eve), mais surtout homme reconnu pour sa culture, son envergure intellectuelle et ses penchants littéraires. Tout pour s’entendre avec le très raffiné Cukor. Ce dernier a déjà la réputation d’être un bon directeur d’actrices. Cette réputation ne cessera de croître de sorte qu’on dit aujourd’hui qu’il a été le plus grand de l’histoire du cinéma : celui qui a fait Judy Holliday (l’actrice, morte à 43 ans d’un cancer du sein, doit sa place dans l’histoire du cinéma à quatre de ses prestations chez Cukor), celui qui a offert à Judy Garland son plus grand rôle (dans A Star is Born), celui qui est devenu le metteur en scène favori de Katharine Hepburn (ils travaillèrent ensemble à dix reprises). Une Hepburn ici au sommet de son art, échangeant avec un Cary Grant en territoire familier : rappelons-nous qu’ils formaient déjà le couple inoubliable de Bringing Up Baby d’Howard Hawks.  Mais le couple s’est mué en trio avec l’ajout de James Stewart, qui fait encore une fois la preuve qu’aucun acteur n’a jamais eu un aussi large registre (et qui remporte un Oscar pour sa prestation).

    Une Hepburn qui connait très bien son rôle : le dramaturge Philip Barry l’a écrit spécifiquement pour elle et elle l’a tenu sur Broadway pendant plus de 400 représentations. C’est d’ailleurs elle qui en possède les droits d’adaptation cinématographique, cadeau d’Howard Hughes (Que peut-on offrir à une femme qui a tout?). Au départ, elle veut Clark Gable et Spencer Tracy pour partenaires, mais ils ne sont pas disponibles. Ce sera donc Grant et Stewart. Pas plus mal!

    Le film est tourné rondement (en huit semaines), Grant s’amuse et Stewart n’est jamais certain de la qualité de son travail (il confiera plus tard que son Oscar n’était pas mérité; ce qui est un jugement bien sévère). Sorti en novembre 1940, The Philadelphia Story remporte immédiatement un énorme succès, à la grande joie de Madame Hepburn qui a différé la totalité de son salaire en échange d’une part des revenus. On peut voir The Philadelphia Story à deux reprises, à Mpix, le vendredi 16 juillet, soit à 8hres et à 17hres.

Marcel Jean

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