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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

L'AVEUGLEMENT

2010-07-15

    Le 30 juin dernier, Roland Smith, actuel propriétaire du Cinéma du Parc, publiait une lettre ouverte dans le Devoir, à la suite du refus du Ministère de la culture de financer à hauteur de 12 millions de dollars le projet de rachat de l'eXcentris proposé par un groupe composé entre autre de la Société de développement Angus, du Cinéma Parallèle et de Daniel Langlois.  Selon Smith, qui en profitait pour critiquer non seulement le sens de la gestion mais aussi la qualité de la programmation du Parallèle, la ministre avait eu parfaitement raison, et la solution ne pouvait venir que…  du Cinéma du Parc, lieu prospère, mythique et confortable.  Smith proposait donc simplement de devenir le sauveur du cinéma d'auteur et international à Montréal en louant les salles du complexe de Langlois. 

    La réponse ne s'est bien entendu pas faite attendre et le 6 juillet, Caroline Masse, directrice du Parallèle et Daniel Langlois publient dans le même journal leur réponse à M. Smith.  Soulignant le très dur travail accompli par leur groupe depuis des mois pour mettre en œuvre un projet de salles viable, rappelant le professionalisme et les états de service irréprochables du Parallèle, critiquant au passage la gestion du Parc par Smith, et insistant sur la valeur de l'eXcentris et la générosité de Langlois, les auteurs affirment que le Parallèle est le candidat idéal pour devenir le programmateur d'un nouveau lieu, et que la proposition de vente de Langlois, si elle nécessite un peu de travail supplémentaire,  est néanmoins une occasion à ne pas manquer. 

   Commentant cette petite affaire dans La Presse, Marc Cassivi considère qu'il serait temps de cesser les conflits et d'accepter au plus tôt le projet du Parallèle pour trois raisons : il faut des salles, le Parallèle est déjà là, donc pourquoi chercher ailleurs, et Daniel Langlois nous fait un bon prix.  En passant, il s'inquiète néanmoins un peu de la tension régnant dans ce petit milieu du cinéma, et se demande pourquoi un tel projet ne bénéficie pas du soutien inconditionnel de tout le milieu culturel.
Cassivi a tort, mais il met involontairement le doigt sur le nœud du problème.  Oui, Montréal a besoin de salles diffusant le cinéma d'auteur et international.  Mais la simple création (ou l'achat) de nouvelles salles ne réglera pas le problème, en particulier si ces salles sont gérées par des équipes déjà en place et n'ayant pas su enrayer le véritable problème : l'amoindrissement de la communauté cinéphile de Montréal.  Or, outre le fait que de telles interventions n'ont malheureusement pour seul but que de valoriser les projets de leurs auteurs, il est frappant d'observer à quel point le cinéma semble bien loin des préoccupations de ces gestionnaires.  Un lieu ne suffira pas à revitaliser le cinéma.  Pour qu'un tel projet fonctionne, il faudrait que les exploitants et les distributeurs amorcent une véritable réflexion en amont sur l'état actuel de notre cinéphilie et les moyens à adopter pour la stimuler. 

    Le véritable problème n'a jamais été la fermeture de l'eXcentris, mais le fait que la situation était déjà catastrophique à un point tel que seul un mécène a pu pendant quelques années maintenir l'illusion que la distribution du cinéma d'auteur était rentable. L'âge d'or de la distribution du cinéma d'auteur est définitivement révolue.  Il n'est plus possible de distribuer ce type de cinéma en utilisant les moyens classiques.  Les distributeurs le savent, les exploitants le savent, mais personne ne semble vouloir trouver de nouvelles pistes de solution.  La fermeture de l'eXcentris a été un coup dur?  Réouvrons l'eXcentris et tout ira mieux!  Ce manque cruel de vision explique probablement le peu d'enthousiasme que ces différents projets génèrent.  Pour que la distribution d'un cinéma riche et diversifié redevienne possible à Montréal, il faudra que toute la communauté culturelle agisse de concert.  Non seulement les distributeurs, qui fonctionnent encore selon des modèles de mise en marché dépassés, mais les exploitants, qui devront faire preuve d'une vision de programmation et d'un sens de l'événementiel hors pair, mais aussi les journalistes culturels, qui devront mettre les bouchées doubles pour redonner le goût du cinéma au public.  Car un court éditorial de Cassivi a malheureusement peu de poids face aux trois pages de promotion insipide du troisième volet de Twilight.

   Sur une autre note, je suis très heureux de pouvoir prendre en charge le site pendant quelques mois, le temps qu'Helen Faradji dévouvre les joies de la maternité et la déception de ne pouvoir communiquer sa passion du cinéma à un bébé de quelques mois.  Pour cette première édition, je tiens à remercier tout particulièrement Marcel Jean, qui a accepté de remplacer Robert Lévesque cet été, afin que ce dernier puisse prendre des vacances bien méritées.

Bruno Dequen

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