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INCEPTION – critique de Damien Detcheberry

2010-07-22

BLOCKBUSTER QUI SONGE

    Il est amusant de voir Inception, dernier avatar du film d’action 'New-Age', côtoyer sur les écrans Predators, l’un des derniers vestiges du cinéma d’action 'd’avant', qui reposait sur des concepts autrement plus primaires – dans ce cas-ci : grosse bête veut tuer humains, donc humains doivent tuer grosse bête – avec lesquels les trentenaires ont construit leur mythologie hollywoodienne anabolisée. Les deux films s’en sortent d’ailleurs plutôt bien, chacun dans son genre : à Predators la nostalgie des tonifiantes boucheries de notre enfance, « Boy meets Gore », à Inception la primeur du blockbuster cérébral, du « film d’action pour adulte » comme la presse américaine se plaît à le qualifier. Le film de Christopher Nolan est donc livré, comme The Matrix, avec un mode d’emploi intégré : comprenez que vous aurez droit, en préambule à son intrigue à tiroirs, au désormais rituel quart d’heure explicatif pendant lequel les personnages prennent le temps d’exposer aux spectateurs le concept du film qu’ils vont découvrir.

    Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) est un voleur spécialisé dans l’extraction des secrets enfouis dans le subconscient, qu’il saisit pendant que ses victimes rêvent et que leur esprit est particulièrement vulnérable. Il se fait proposer une mission inhabituelle, consistant à pénétrer l’inconscient d’un riche industriel, non pas pour y voler quelque chose mais pour y implanter au contraire une idée. Rien que de bien banal jusqu’à présent pour qui ne voit ici qu’un clin-d’œil à la notion de « temps de cerveau disponible » chère aux publicitaires : dégagé de ses oripeaux futuristes, Dom Cobb aurait toutes les qualités d’un directeur marketing compétent. Dans le monde merveilleux de la science-fiction, il devient l’Arsène Lupin de l’inconscient. C’est précisément ici qu’intervient le fameux quart d’heure explicatif, car toute la complexité du scénario tient dans le fonctionnement de ces cambrioles freudiennes, à savoir que les rêves y sont fabriqués : chaque rêve nécessite un architecte qui va y définir ses propres règles, afin de mieux contrôler l’esprit de sa victime. La possibilité d’endormir à nouveau le rêveur à l’intérieur du rêve permet alors d’accéder aux couches inférieures de son subconscient, chaque strate contenant de nouvelles règles, un nouvel univers. C’est l’histoire d’un homme qui rêve qu’il rêve qu’il rêve…

   Concept révolutionnaire ? Oui et non. Il est dommage de constater notamment que, malgré ce soin apporté à la complexification du récit, Inception se contente souvent d’emboiter les unes dans les autres des figures consommées du cinéma d’action actuel, sans trop de justification : poursuites en voitures, combats chorégraphiés défiants les lois de la pesanteur, intrusions armées dans une base militaires… Pire, ces poupées russes narratives, aussi élégantes soient-elles, ne dissimulent en définitive qu’un Rosebud assez banal, recyclant les thèmes récurrents du cinéma de Nolan – la folie, la rédemption, l’amour perdu. Passé les premiers étourdissements, force est de constater qu’il n’y a rien dans ce que nous voyons ici qui n’a pas déjà été vu avant. Si le film fait quand même illusion, c’est que Christopher Nolan, qui n’a jamais été un grand inventeur de formes, prouve à nouveau qu’il possède un sens implacable de la construction dramatique et un talent fascinant pour l’esbroufe (monu)mentale. Comme souvent chez le cinéaste, on se retrouve happé malgré soi dans un récit plus vertigineux que profond, un peu enivré mais honteux, une fois que l’on a touché terre, de s’être fait prendre une fois de plus par l’excitation d’une montagne russe qui n’est jamais rien d’autre, finalement, qu’une montagne russe. Rien d’étonnant donc à ce que l’imagerie de M.C. Escher soit à ce point mise en avant dans Inception, puisque elle incarne à merveille le cinéma de Christopher Nolan : une œuvre en trompe-l’œil, improbable mais entêtante, peut-être moins sérieuse qu’elle ne s’en donne l’air mais extrêmement distrayante.

Damien Detcheberry

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Vos réactions (3)

  1. Vous décrivez: "Inception se contente souvent d’emboiter les unes dans les autres des figures consommées du cinéma d’action actuel, sans trop de justification..." Depuis quand a-t-on besoin de justifier un cinéma d'action? On oublie trop souvent que le cinéma est un art avant tout de divertissement, ce n'est pas tout le monde qui peut-être cinéaste d'auteur; parallèlement tout le monde ne peut pas devenir astronaute! Ensuite, vous continuez avec: "...Passé les premiers étourdissements, force est de constater qu’il n’y a rien dans ce que nous voyons ici qui n’a pas déjà été vu avant..." Je pourrais vous dire aussi que dans la gamme y'a que sept accord de base, Jimmy Hendrix ou même encore Elton John ont-ils vraiment inventés quelque chose? Des accords ça ne s'invente pas, on fait fasse à une gamme, on réarrange, on tricotte, on fignole; force d'admettre que Nolan, malgré tout réussit à nous submergés parmis les différentes couches de son films, qui peuvent effectivement frolés avec la redondances, mais l'efficacité de ce dernier y est avec aplomb. Bon, assez des mes métacomparaisons, merci quand même pour votre critique, mais faite gaffe de pas embarquer dans le jeu de mépris de M.Cassivi P.S. Désolé aussi pour les fautes de français, j'ai un sérieux problèmes de tourette anglophone :)

    par DK, le 2010-08-17 à 23h37.
  2. Extrêmement distrayante? Peut-être si je me sentais plus libre à l'intérieur du récit. S'il me laissait reconstruire des passage, compléter avec mon cerveau des segments, peut-être là aurais-je été diverti et stimulé. Au second visionnement, Inception devient limpide, si claire qu'il est ennuyant. Je ne veux même pas imaginer le troisième visionnement. Pour un film qui se veut 'ouvert', son conservatisme le rend assez emmerdant. Il y aurait pourtant eut plein de place pour des ellipses, des trous narratifs bien positionnés et surtout de l'imagination et de l'audace. Le rêve, dans le rêve, dans le rêve; ou le film, dans le film, dans le film; notre ami Kaufman l'a si bien offert avec son Synecdoche, New York. La pièce, dans la pièce, dans la pièce était présenté avec tant d'imagination que la personnalité du film et de son auteur nous faisait oublié les quelques maladresses de montage ou de mise en scène. Peut-être qu'Inception m'aurait charmé avec 2 ou 3 fautes de raccords.. Et, sérieusement, qui a des rêves aussi chiants? Pourquoi Edward Scissorhands ou Jenna Jameson n'apparaissent pas au milieu d'une fusillade? Sans justification, comme ça, comme dans un rêve!

    par NK, le 2010-08-20 à 17h49.
  3. Pas mal d'accord avec le commentaire de NK. «Peut-être qu'Inception m'aurait charmé avec 2 ou 3 fautes de raccords.. Et, sérieusement, qui a des rêves aussi chiants? Pourquoi Edward Scissorhands ou Jenna Jameson n'apparaissent pas au milieu d'une fusillade? Sans justification, comme ça, comme dans un rêve!» C'est vrai, pourquoi les rêves dans le film sont aussi «contrôlés»? Évidemment, c'est que Nolan s'en sert pour «emboiter« sa narration, pas pour faire une exploration profonde des rêves. Pour ça les architectes, m'enfin de toute façon, je comprend mal pourquoi les personnages de Dicaprio et Cottillard s'entêtent à rester dans les rêves, ils ont des enfants, pas de problèmes concrets...il aurait peut-être fallu un événevement traumatisant dans leur vie réel qui aurait créé cette obsession...et finalement l'univers de leur rêves n'a rien de special! Reste que INCEPTION est un film d'action assurément plus brillant que la moyenne des blockbusters. Un «Mission: Impossible» en mode science-fiction et onirique.

    par Nazgul, le 2012-07-23 à 21h09.

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