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LE GRAND MYTHE PUNK – par Marcel Jean

2010-08-26

    De la drogue, du sexe, du sang et de la musique rock… Tous les ingrédients sont là! La vie brève, intense et désordonnée de Sid Vicious, ci devant bassiste des Sex Pistols, et de sa petite amie Nancy Spungen, celle par qui l’héroïne arriva… Une icône punk et sa drôle de muse… Elle n’a que 20 ans lorsqu’elle meure poignardée dans une chambre du Chelsea Hotel, il n’a que 21 ans lorsque son cœur explose d’une overdose, à peine trois mois après le décès de Nancy.

    Pour prendre conscience de l’ampleur du mythe de Sid Vicious, il faut se rappeler que sa carrière dure à peine 18 mois. Car lorsque les Sex Pistols enregistrent Anarchy in the U.K., en octobre 1976, c’est Glen Matlock qui tient la basse. Sid Vicious, lui, a son premier boulot musical comme batteur de Siouxie and the Banshees, emploi qu’il ne conservera que quelques semaines... Sid, en fait, n’est même pas encore là lorsque le groupe enregistre God Save the Queen, en février 1977… Matlock est encore au poste, mais ses jours sont comptés. Musicien correct, il n’a toutefois pas la personnalité flamboyante souhaitée par Malcolm McLaren, le gérant du groupe. En mars 1977, il est donc viré sous prétexte de tensions avec le chanteur Johnny Rotten et c’est Sid Vicious, qui ne sait pourtant pas jouer de guitare, qui hérite de la basse. Qu’à cela ne tienne, l’inventeur du pogo (la danse caractéristique du punk qui consiste à sauter avec les bras le long du corps) a tout le reste, à commencer par l’esprit « No Future »… et si Sid Vicious est incapable de jouer les partitions de basse de Never Mind the Bollocks, quelqu’un d’autre s’en chargera discrètement (ce sera le guitariste Steve Jones selon certains, ou Glen Matlock lui-même selon d’autres).

    Une carrière de 18 mois, donc, marquée par l’apparition scandaleuse du groupe à la télévision anglaise (qui allait plomber sérieusement la carrière de l’animateur Bill Grundy) et surtout par la cauchemardesque tournée américaine du groupe qui mène au départ de Johnny Rotten. 18 mois qui comprennent une « carrière solo » dont le fait saillant est sans aucun doute la reprise punk de My Way (immortalisée par Scorsese dans la dernière scène de Goodfellas). 18 mois pendant lesquels Sid est accusé du meurtre de Nancy, puis relâché. 18 mois à propos desquels l’expression brûler la chandelle par les deux bouts serait un euphémisme : avec Sid Vicious, c’est plutôt comme si on avait pris la chandelle et qu’on l’avait carrément lancée dans le feu…

    Le cinéaste anglais Alex Cox a réalisé Sid and Nancy en 1986. C’était son deuxième film après Repo Man, une comédie de science-fiction punk devenue depuis une sorte de film culte. Sid and Nancy, c’est d’abord la révélation de Gary Oldman, qui livre une performance stupéfiante dans le rôle de Sid Vicious. C’est ensuite l’un des premiers films à reconstituer une période bouillonnante de la culture contemporaine. C’est enfin une histoire d’amour atypique doublée d’une course à l’abîme. Cox construit l’essentiel de son récit en flashback, alors que Sid raconte l’histoire du couple aux policiers qui l’interrogent à propos de la mort de Nancy.

    Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 1986 – au cours d’une édition de la Quinzaine quasi légendaire, où on retrouvait notamment Le déclin de l’empire américain de Denys Arcand, She’s Gotta Have It de Sike Lee, Noir et Blanc de Claire Devers, Golden Eighties de Chantal Akerman et Le diable au corps de Marco Bellocchio – Sid and Nancy avait surpris tout le monde par son ton direct, sans complaisance ni lourdeur sociologique, en phase avec l’époque et les personnages. La mise en scène d’Alex Cox passe de l’énergie punk à l’observation patiente de la spirale autodestructrice dans laquelle s’enfonce le couple.

    La chaîne Morepix présente Sid and Nancy ce samedi 28 août, à 23h50, dans le cadre d’une journée entièrement consacrée aux films musicaux, alors qu’on pourra aussi voir 24 Hour Party People de Michael Winterbottom (à 6h et à 18h), The Last Waltz de Martin Scorsese (à 15h45), 8 Mile de Curtis Hanson (à 8h15 et à 20h) et I Wanna Hold Your Hand de Robert Zemeckis (à 12h15).

    Dernier détail : une certaine Courtney Love, alors âgée de 21 ans, auditionna pour le rôle de Nancy Spungen, finalement attribué à Chloe Webb. Love apparaît cependant dans le film, dans le rôle plus modeste de Gretchen. Il s’agit de sa première apparition au cinéma.

Marcel Jean

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