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LIFE DURING WARTIME – critique de Damien Detcheberry

2010-08-26

DE GUERRE LASSE

    Le précédent long métrage de Todd Solondz s’intitulait à juste titre Palindrome (2004). A juste titre car ce mot apparaissait, dix ans après son premier film (Welcome to the Doll House, 1995), comme une métaphore appropriée du cinéma de ce cinéaste atypique et résolument obsessionnel. Nul besoin d’aller chercher bien loin pour reconnaître un film de Todd Solondz, tant les thématiques réapparaissent à chaque nouvelle œuvre, évidentes, cristallines, redondantes. C’est ce qui fait la marque d’un auteur. C’est aussi ce qui a commencé à irriter la critique et provoqué le désintérêt progressif du public cinéphile, qui a tout simplement boudé ses derniers films après avoir plébiscité un début de carrière prometteur.

    Difficile d’imaginer un meilleur destin pour Life During Wartime, qui sort en catimini cette semaine sur les écrans. Ce dernier opus est pourtant la suite directe de Happiness (1998), qui reste à ce jour le plus grand succès critique et public du cinéaste. Dix années ont passé depuis les « épreuves » traversées par la famille Jordan. Joy, qui découvre que son mari Allen n’est pas encore guéri de ses problèmes d’addiction, aimerait trouver du réconfort auprès de sa mère et de ses sœurs Trish et Helen, mais celles-ci ont leurs propres problèmes. Trish, dont le mari a été arrêté pour pédophilie, tente de retrouver l'amour dans les bras de Harvey, un homme mûr et divorcé. Helen, elle, n'est pas épanouie malgré son succès à Hollywood…

    On retrouve ici dans les grandes lignes ce qui a construit le cinéma de Todd Solondz, qui enfile une fois de plus comme des perles des vignettes satiriques sur les travers de la société américaine, son puritanisme illusoire, son anémie culturelle et sentimentale. Mais il semble malheureusement que, de révélateurs d’une société malade, ses films n’en soient devenus malades à leur tour. Les personnages de Life During Wartime interagissent ainsi comme des zombies, étouffés par leurs pulsions frustrées, ramollis par leurs névroses. Et l’abattement qui les affecte gagne une mise en scène qui manque cruellement de mordant. Todd Solondz n’aime pas ses personnages, or il faut aimer un peu pour faire du mal. C’est ce triste constat qui fait regretter le véritable sadisme d’un Robert Altman qui savait, à ses grandes heures, torturer ses créatures avant autant d’amour que de mépris.

    Pourquoi être aussi sévère face à un film qui mériterait plutôt la clémence des cinéphiles et des amoureux de l’anticonformisme ? Parce que la déception est à la hauteur des attentes que l’on aimerait mettre sur ce cinéaste. Car, lorsqu’il oublie de prendre au pied de la lettre l’idée reçue que les grands cinéastes refont toujours le même film, Todd Solondz sait saupoudrer de poil à gratter là où le conservatisme démange. En témoignent une magnifique scène d’exposition, quelques dialogues grinçants – dont un particulièrement réjouissant où Trish explique sans détour les rudiments du plaisir féminin à son jeune fils – et la présence fascinante de Ciarán Hinds (l’impressionnant Jules César de la série Rome) en ex-pédophile sorti de prison. Ces séquences ne viennent pas sauver le film, mais elles prouvent que rien n’est encore perdu pour l’enfant pervers du cinéma américain.

Damien Detcheberry

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