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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

LE TEMPS DES BILANS

2010-08-26

    Les festivals de films sont des bêtes étranges. Pendant dix jours, ces événements présentent une quantité astronomique de films de tous horizons, à un point tel qu’il est impossible pour un être humain normalement constitué de regarder ne serait-ce que la moitié de ce qui est proposé. Comment, dans de telles circonstances, dresser un bilan objectif de tels événements? En fonction de la qualité des films proposés? Pourquoi pas.  Mais la valeur d’un tel bilan est relative si elle n’est fondée que sur une fraction des œuvres présentées, ce qui est presque toujours le cas. Dans le cas de Cannes, c’est encore possible, puisque les sections principales ne sont finalement composées que d’un très faible nombre de films. Mais que faire d’un cas comme celui du FFM? Cette année encore, 430 films (dont 227 longs-métrages). Mis à part la compétition officielle, qui comporte encore assez peu de films, la grande majorité des films ne seront pas pris en compte lors des comptes-rendus. Reste alors cette fameuse compétition.

    Or, pour évaluer la valeur d’une compétition (sportive ou autre), deux critères prédominent de prime abord. La perception du niveau général des participants (assez décevant, par exemple, selon de nombreux comptes-rendus de Cannes 2010) et l’évaluation du gagnant. À long terme, c’est de très loin ce second critère qui prime. Si de nombreuses personnes peuvent se souvenir qu’Elephant avait rapporté la palme d’or, qui se souvient des autres films présents en compétition cette année-là?  Cela ne veut pas dire que ces films ont été oubliés, loin de là. Mais s’ils ne gagnent pas, ils ne seront pas associés au festival dans la perception des spectateurs. Bref, un grand prix de festival est la couronne suprême qui définit l’événement. Il n’est pas surprenant de voir que de nombreux articles sur le dernier festival de Cannes avaient pour point d’ancrage la consécration du film de Weerasethakul. Ce prix représente à lui tout seul l’héritage et le message cinéphilique qu’aura lancé Cannes en 2010.
L’importance de certains festivals peut ainsi très bien être définie en fonction de l’impact de son grand prix. De ce point de vue, Cannes est bien entendu le grand gagnant toutes catégories. Et au Québec, il s’agit encore du FFM. En effet, quelle que soit la qualité du film récipiendaire du Grand Prix des Amériques, force est d’admettre que ce prix est probablement le seul à pouvoir avoir (très) occasionnellement un impact. Un impact culturel à long terme? Certainement pas. Qui se souvient des dix derniers Grands Prix des Amériques? Pourtant, ils ont parfois été utiles à la carrière de certains films.

    Avec son prix au festival en 2007, Ben X avait ainsi pu bénéficier d’une sortie en salle un an après sa présentation, sortie dont la promotion était fondée sur son succès au FFM. Bien entendu, cet impact était d’abord et avant tout local. En outre, à travers cet exemple, nous sortons du critère premier (évaluation de la qualité des films) pour entrer dans le second grand critère d’évaluation d’un festival : son impact économique. En dehors du nombre de spectateurs que l’événement est capable de rassembler, son importance est liée à sa capacité à aider la carrière commerciale des films. Les réalisateurs le répètent souvent: un prix (ou même parfois une présentation marquante) dans un festival réputé peut ouvrir de nombreuses portes. En Amérique du Nord, le FFM a été pendant des années LE festival incontournable de ce point de vue. Bénéficiant d’un marché du film actif, il avait une position enviable de plaque tournante pour la distribution sur le continent. Mais cette époque est bel et bien révolue. Désormais, le Festival de Toronto est l’événement incontournable et son marché est de très loin le plus important du continent. Qui plus est, Toronto affiche clairement son statut de festival commercial et il ne s’embarrasse même pas d’une compétition. Car son impact médiatique et économique est tel qu’une simple projection réussie suffit à lancer la carrière d’un film. Et tout comme un film gagnant suffit parfois pour dresser le bilan d’un festival, un gros vendeur suffit à faire la réputation d’événements comme Toronto. 2008 fut l’année de Slumdog Millionaire, par exemple. De ce point de vue, aucun festival québécois n’a de réel impact commercial sur la carrière d’un film. L’impact peut parfois être local, comme ce fut le cas pour Ben X, mais il n’est jamais international.

    Néanmoins, qu’il s’agisse d’impact culturel ou d’impact économique, le cœur du succès reste le même: la capacité du festival à associer son nom à un film majeur et à bénéficier d’une bonne couverture médiatique (internationale, il va sans dire). À long terme, peu importe les 100 films moyens, il suffit d’un cas d’exception pour faire d’une édition un événement mémorable. Du point de vue de la couverture médiatique, le FFM 2010 semble bien parti à Montréal et il est fascinant de voir à quel point Serge Losique comprend bien le système. Il programme quelques films français et invite quelques noms connus? Cela mérite un communiqué de presse proclamant le festival comme événement cinématographique francophone no.1 dans le monde! Est-ce crédible? Bien sûr que non, mais c’est de bonne guerre. Losique sait bien que son événement a tout intérêt à générer le plus de buzz possible. Une fois la lumière du dernier projecteur éteint, les gens auront oublié la plupart des films mais auront peut-être retenu le grand festival francophone… 

    Mais le buzz ne provient pas que de Losique. Dans un article publié dans le Devoir le 11 août dernier, à la suite de la conférence de presse du FFM, Odile Tremblay annonçait un possible retour en force du festival de Serge Losique.  Outre le fait qu’un tel enthousiasme peut sembler un peu hâtif étant donné le peu d’informations concrètes alors disponibles pour justifier de tels propos, il est surtout le signe d’une reconnaissance implicite de l’importance du festival par la journaliste. Citant la présence de nombreuses stars (Depardieu, Baye, August, etc.) et la qualité ‘apparente’ des films en compétition, elle présage des lendemains peut-être moins mornes pour le FFM. Est-ce crédible?  Avec la présence comme président du jury d’un cinéaste académique pendant un temps surévalué et depuis vingt ans retombé dans un juste oubli, des vedettes françaises des années 1980 symbolisant un cinéma bourgeois confortable et des films sur lesquels, pour l’instant, aucune rumeur particulière ne circule, le bilan à venir du FFM est plutôt tout sauf évident.  Mais un buzz a été lancé.  Et on sait comme c’est important.

Bruno Dequen 

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Vos réactions (1)

  1. Cannes, petit festival? Beaucoup des films du FFM proviennent du marché de Cannes. Je pense qu'ils ont une catégorie Tous Les Cinémas Du Monde, et mon impression c'est que pas mal de films du FFM sont pigés là-dedans.

    par Cedric, le 2010-08-30 à 08h36.

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