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BLOGUE DU FFM 2 – par Marcel Jean

2010-08-30

LE CŒUR À GAUCHE


    Normalement, les festivals sont des lieux propices aux rencontres. En 1985, au festival d’Abitibi, j’avais fait la rencontre du cinéaste danois Erik Clausen, venu présenter Rocking Silver, une comédie sociale plutôt réussie dans laquelle un groupe de quadragénaires décide de rassembler le groupe rock qu’ils formaient dans les années 1960 pour rendre hommage à un de leurs copains mort pendant une grève. Clausen, un rocker mal rasé avec le cœur bien à gauche, s’était fait plusieurs amis lors de ce festival, en plus de se faire arrêter par la police de Rouyn-Noranda parce qu’il buvait  tranquillement son six pack de Heineken assis sur un banc dans un parc municipal. À la fin de la semaine, il était reparti avec le prix du public. Six mois plus tard, à Cannes, j’avais eu le privilège de voir son film suivant, Dark Side of the Moon, lors d’une projection privée organisée pour le distributeur Louis Dussault, à minuit dans un cinéma de la rue d’Antibes. Fin août, Clausen était venu présenter ce film –probablement son meilleur – au FFM. Au fil des ans, on a continué de voir ses films : Rami et Juliet (1988), Me and Mamma Mia (1989), Villa Paranoia (2004), etc. Le FFM présente cette année Freedom on Parole, treizième long métrage du cinéaste. Le vieux bougre – il a aujourd’hui 68 ans – n’a pas changé! Toujours ces histoires d’ouvriers et d’ex-prisonniers, toujours cette tendresse pour les gens modestes, toujours ce profond militantisme antiraciste, toujours cet amour du rock des années 1950-60 (ici c’est Bill Haley), toujours cet anticléricalisme et toujours, aussi, ce sentimentalisme populaire qui l’amène au bord du précipice du kitsch.


    Freedom on Parole raconte l’histoire de John, qui profite de sa liberté sur parole pour aller aider son fils, dont la femme (une blonde scandinave) vient d’accoucher d’un beau bébé tout noir. C’est Clausen lui-même qui interprète le rôle de John. Un film généreux, naïf par moments, dans lequel le cinéaste revient notamment sur l’affaire des caricatures de Mahomet. Pas un grand film, mais le regard sincère d’un col bleu du cinéma sur la réalité danoise. Aux antipodes des prétentions esthétiques et mystiques de Lars Von Trier, Erik Clausen propose un honnête cinéma populaire.


    Il y avait un peu moins de 30 personnes, au Quartier Latin, pour voir Freedom on Parole dimanche matin. Clausen n’y était pas, rares étant les cinéastes étrangers qui viennent encore au FFM. Vendredi dernier, à 9h30, à l’Impérial, à peine 150 spectateurs (à vue de nez) étaient là pour le premier programme de courts métrages en compétition. Une foule décevante. Jusqu’à cette année, les courts métrages en compétition au FFM étaient projetés devant les longs métrages en compétition. Avec le résultat qu’au total des trois séances régulières, chaque film pouvait être vu par environ 1500 spectateurs. Cette année, ce sera donc cinq fois moins (les séances de courts métrages ont droit à deux projections). Un net recul pour le court métrage et un autre mauvais point au carnet du festival.
Signalons que Freedom on Parole sera projeté une dernière fois ce lundi, à 19h20, au Quartier Latin 13. Aussi au programme lundi, Tromper le silence de Julie Hivon (9h à l’Impérial; 19h au Théâtre Maisonneuve) et Le mariage à trois de Jacques Doillon (11h20 à l’Impérial; 21h30 au Théâtre Maisonneuve) et Flamenco, Flamenco de Carol Saura (14h40, au Quartier Latin 9).


Marcel Jean

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