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BLOGUE DU FFM 3 – par Marcel Jean

2010-09-02

DU FILM HISTORIQUE

    Le film historique est peut-être le genre le plus difficile qui soit, encombré qu’il est par les vaines prétentions des antiquaires, décorateurs et autres faiseurs de perruques. Heureusement, certains cinéastes arrivent à mâter la meute des amateurs de belles robes pour insuffler la vie dans ce qui n’est trop souvent qu’un musée de cire. C’est le cas, ici, de René Féret, cinéaste discret et délicat, arpenteur du territoire familial qui réussit, dans Nannerl, la sœur de Mozart à entrer dans l’espace intime d’une jeune femme brillante qui, justement, a le tort d’être une femme et sans doute aussi celui d’être née dans le mauvais siècle. Ne s’embarrassant guère d’exactitude historique, Féret fait de la sœur ainée de Wolgang Amadeus une claveciniste virtuose, une violoniste douée, une chanteuse à la voix de cristal et une compositrice capable de souffler un thème à l’oreille de son jeune frère. Mais à cette époque les femmes ne composent ni ne jouent du violon. Alors Nannerl est rabaissée au rang de faire-valoir du jeune génie. La voici donc en quête d’indépendance, qui quitte la vie de saltimbanques de luxe que mène sa famille pour s’installer à Paris, profitant de la vague protection du dauphin de France, Louis-Ferdinand (fils de Louis XV et père de Louis XVI).

    Nannerl, la sœur de Mozart est l’occasion, pour René Féret, d’offrir une interprétation des événements qui ont mené l’adolescente à choisir la vie de renoncement qui fut la sienne, vie consacrée à son père d’abord, qu’elle servit jusqu’à la mort de celui-ci, puis à son frère dont elle rassembla l’œuvre pour la postérité. Ce que Féret raconte, ce sont donc les mois pendant lesquels apparait puis s’évanouit pour la jeune femme le mirage d’une grande carrière, d’une vie d’expression artistique. Un conte cruel, en quelque sorte, conte des espoirs déçus, des possibles qui s’envolent, du conformisme qui vous écrase et des désillusions qui vous forcent à rentrer dans le rang.

    Il fallait du doigté pour raconter cette histoire sans se laisser distraire par le superficiel et René Féret est à la hauteur du projet. Entouré de ses filles Marie et Lisa (qui interprètent respectivement Nannerl et Louise de France), de sa femme Fabienne, monteuse et productrice, ainsi que de leur fils Julien, premier assistant réalisateur, René Féret parait remarquablement bien placé pour aborder les questions familiales, qui sont depuis toujours au cœur de son cinéma (La communion solennelle ; Baptême) et qui concernent aujourd’hui le clan Mozart. Précis, direct – il faut voir comment Féret entre dans son film, comment la première scène nous plonge au cœur de la problématique familiale –  le cinéaste signe ici l’un de ses plus beaux films. On peut voir une dernière fois Nannerl, la sœur de Mozart ce jeudi, à 16h30, au Quartier Latin 10. Le film devrait toutefois éventuellement bénéficier d’une sortie en salle, puisqu’il est distribué par Axia.

    Quelques mots sur Flamenco Flamenco, de Carlos Saura, qui a fait salle comble lors de ses présentations au festival. Fruit de la collaboration entre le vétéran cinéaste espagnol et le directeur photo Vittorio Storaro (Apocalypse Now ; Le Dernier empereur), le film fait suite à divers autres dans lesquels Saura explore certains types de danse et de musique traditionnelles : Sevillanas (1992), Flamenco (1995), Tango (1998). Reçu chaleureusement par un public visiblement gagné au genre, Flamenco Flamenco laisse tout de même perplexe. Si d’un côté on admire l’orfèvrerie lumineuse de Storaro et la mise en espace de Saura, on ne peut cependant que déplorer que le flamenco, ainsi mis en musée comme on dit mis en conserve, je dirais même empaillé par une mise en scène contrôlée jusqu’à l’extrême, soit à ce point vidé de son émotion, de sa passion, de ce qui fait, il me semble, son essence véritable. Tout, ici, semble ramené à la technique et à la virtuosité, ce qui est bien loin de la fièvre ibérique.

    À signaler, aujourd’hui jeudi, une curiosité : la minisérie télévisée consacrée à François Rabelais. Réalisé par Hervé Baslé, interprété par Michel Aumont et Bernadette Lafont, La très excellente et divertissante histoire de François Rabelais risque de valoir surtout pour son sujet (mais quel sujet!). C’est projeté au Quartier latin 17, à 17h10, et ça dure près de 4 heures. Enfin, on a très hâte de retrouver l’immense cinéaste géorgien Otar Iosseliani qui du haut de ses 76 ans nous offre Chantrapas, une comédie racontant l’histoire d’un cinéaste géorgien qui émigre en France (tiens, tiens…). Ce n’est pas une autobiographie, prévient toutefois Iosseliani. On verra Chantrapas à l’Impérial, à 21h30.

Marcel Jean

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