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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

GUEULE DE BOIS?

2007-06-07

Gueule de bois

    Et voilà, les festivités sont bel et bien finies, en tout cas jusqu'aux prochaines, et rien ne secoue réellement la planète cinéma. Au niveau international, c'est en effet une grande compétition de nouvelles sans intérêt oppose ainsi la nouvelle marotte de Roger Moore probablement intoxiqué par les vapeurs de sa brillantine – interdire le foie gras – et les célébrations du 30ème anniversaire de Star Wars dont ici, à Montréal, nous n'avons vu ni l'ombre de la queue ni un début de commencement.

    Au niveau local pourtant, on soulignera beaucoup plus aisément la remise des prix annuels de Prends ça court par Danny Lennon et sa bande de joyeux résistants. Ayant remis plus de 65 000 $ en argent et service de prix aux artisans du court d'ici, PCC affirme encore une fois son statut de véritable missionnaire de la cause courte. On a besoin de gens comme eux et on félicite Maxime Giroux gagnant de l'hideuse mais néanmoins mythique coupe du court 2007 pour Les jours (tout le palmarès ici et deux projections spéciales des films lauréats ce soir au cinéma Ex-Centris à 17 et 21h). Un dernier détail : pendant que Radio-Canada annonçait son engagement de 12millions de dollars pour le cinéma d'ici, la soirée de remise des prix PCC soulignait, elle, que le court, parmi d'autres, reste un parent pauvre du financement de notre cinéma. Toujours les mêmes.

    Alors, dans les salles, qu'est-ce qui pourrait bien nous occuper. Le gore sadique d'Hostel : Part II réalisé par Eli Roth? Pas vraiment. Le premier volet avait alarmé les ligues de vertu, les slovaques étaient très fâchés et l'affiche du numéro 2 a été jugé trop violente par certaines villes. Pour s'amuser, on pourra bien aller pousser quelques oh et quelques ah dégoûtés, mais dans le fond, à quoi ça nous avancerait?

    À rien. Pas plus d'ailleurs que d'aller se vautrer devant Surf's Up d'Ash Brannon et Chris Buck (individuellement repérés à la barre de Toy Story pour le premier, Chicken Little pour le second). Jeff Bridges et James Wood ont beau prêter leurs voix aux personnages animés, les championnats de surf chez les pingouins et probablement un clin d'œil à la mystique nunuche de Point Break, on trouvera certainement autre chose à faire. Peut-être sortir les poubelles?

    De la même façon, on ne se laissera pas impressionner facilement par ce 3ème volet des aventures de Danny Ocean signé Steven Soderbergh et réunissant toujours les posters boys George Clooney, Brad Pitt et Matt Damon chapeautés par notre bon vieux Al Pacino. À Cannes lors de sa presentation en première, Richard Corliss du Time Magazine eut ces mots définitifs: "So listless and logy it needed Michael Moore to take it to Cuba for emergency medical treatment". On se contentera du commentaire.

    Déçu? Pas une seconde. Car cette semaine, la sélection cinéphile avait, elle, du répondant. On passera rapidement sur Vitus, dernier film du suisse Fredi M. Murer présenté dans le cadre de la rétrospective dont on vous entretenait la semaine dernière, mais on pourra bien s'arrêter deux minutes sur cette Porte d'or dans lequel l'italien Emanuele Crialese (Once we were strangers, Respiro) plonge la Gainsbourg et Vincenzo Amato dans la campagne sicilienne du début XXème avant qu'un désir de Nouveau Monde ne les titille. Les odeurs de caponatta et de hamburgers se disputent l'honneur de nous chatouiller les narines, on ira certainement vérifier qui gagne le combat.

    El Violin de Francisco Vargas, succès surprise du cinéma mexicain, premier film réalisé avec quelques bouts de ficelles présenté à Cannes, avait également l'odeur alléchante des découvertes. Mais les tics formels de la stylisation en noir et blanc, certes splendide,  et le mode allusif sur lequel se joue la narration finissent par empeser le récit de ces musiciens guérilleros, même si on se laisse facilement charmer par Don Angel Tavira, prix d'intérpréation d'Un certain regard 2006, en vieux violoniste manchot et courageux. Même cause, même conséquence pour notre choix de la semaine, Iraq in Fragments, documentaire sincère mais déconcertant de James Longley. À se demander si certains films ne trouveraient pas plus joliement leurs aises dans des musées que dans des salles de cinéma?

Helen Faradji

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