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BLOGUE DU FFM 4 – par Marcel Jean

2010-09-05

CHRONIQUE D'UNE MORT ANNONCÉE

    Le FFM tire à sa fin et l'heure des bilans a maintenant sonné. Tâche désespérante pour le critique tant le bilan est à chaque année le même, le festival restant moulé dans la même formule rigide. La détermination et l'entêtement des deux directeurs du FFM ont permis au festival de survivre à la violente fronde de 2005 (rappelons-nous le festival de Spectra). Ce sont ces mêmes traits de caractère qui les ont isolés et qui nous permettent de dire que l'événement ne leur survivra pas. Seule la retraite des deux dirigeants du FFM concrétisera la mort annoncée de ce festival sans réelle équipe de programmateurs, ce festival incapable de renouveler son public, ce festival figé dont le peu d'âme tient à quelques centaines de cinéphiles passionnés qui lui sont restés fidèles malgré les tempêtes successives.

    Il n'y a pas vraiment moyen de regarder le FFM sous un angle qui lui soit pleinement favorable et qui laisse espérer des jours meilleurs. Des exemples? Commençons par ce catalogue dans lequel on s'autorise bêtement à démolir un film programmé et compétition (Le mariage à trois de Doillon), dans lequel on se trompe de film au moment d'en publier le résumé (L'héritage perdu de Christian Lara) et où la qualité de l'écriture est souvent lamentable (je me limiterai ici à un exemple, puisé à la page 156 : « R arrive dans l'une des prisons les plus récalcitrantes du Danemark… » Quelqu'un peut m'expliquer comment une prison peut être récalcitrante? ). Poursuivons avec ce site web dysfonctionnel où à trois jours de la fin de l'événement on ne trouve rien de mieux à mettre de l'avant en page d'accueil que le gagnant du concours d'affiche. Terminons avec cette programmation  pléthorique et incohérente, sans queue ni tête, où les films indignes d'être montrés s'empilent et viennent étouffer les quelques œuvres de qualité qui se perdent au milieu du lot. Qui avait remarqué que Morgen, de Marian Crisan, prix spécial du jury à Locarno, avait été projeté?

    Vu vendredi, The Caterpillar de Koji Wakamatsu est une œuvre forte, cruelle, d'une certaine façon terrifiante, dressant un portrait impitoyable de la société japonaise pendant la deuxième guerre mondiale. L'auteur du puissant United Red Army demeure, à 74 ans, une voix essentielle du cinéma japonais. Racontant le retour d'un estropié dans son village, pendant la guerre du Pacifique, ce film d'une grande violence psychologique rouvre la plaie du fascisme et du nationalisme nippons. The Caterpillar, c'est un peu Johnny Got Is Gun sans une once de l'humanisme de Dalton Trumbo. Autant dire que ça fait mal… Il y avait du monde hier après-midi à la deuxième projection du film. Plusieurs personnes dégoûtées qui s'indignaient, à la sortie de la salle. On peut toujours dire qu'il y en aura toujours, mais en projetant un film d'une telle audace au milieu d'un triste assortiment de machins diplomatiques, on multiplie les possibilités de malentendus.

    Et puisqu'il est question d'estropiés, quelques mots à propos de L'orpheline avec en plus un bras en moins, de Jacques Richard (Rebelote), fruit de la collaboration entre le cinéaste et le regretté Roland Topor. Tout n'est pas réussi dans ce film, loin de là, mais on y retrouve avec un bonheur certain l'humour surréalisant et l'érotomanie triomphante de Monsieur Roland. Enfin, une suggestion de Denis Côté pour terminer, R des Danois Tobias Lindholm et Michael Noer, lundi soir à 19h50, au Quartier latin 16.

Marcel Jean

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