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RECHERCHER VICTOR PELLERIN - Critique de Juliette Ruer

2007-06-07

Rechercher  Victor Pellerin

    Montréal, 1990, un peintre brûle toutes ses toiles avant de disparaître. Pourquoi ? Est-il mort ? Plusieurs années après, une jeune femme, Sophie Deraspe, part à sa recherche et devient plus maligne que Tintin pour démêler le vrai du faux dans un des meilleurs mockumentary sur l'art qui ait été fait. Au Québec, comme ailleurs.

    Un peintre charismatique, une ex blonde torturée, des amis bien losers, des galeristes cyniques, une famille solidement dysfonctionnelle : beaucoup de personnages hauts en couleur se partagent l'écran dans cette enquête où Sophie Deraspe (aussi réalisatrice) s'implique de plus en plus dans le mystère. Rarement un premier film a été aussi original et aussi bien structuré que celui-ci. Primé au Festival du Nouveau Cinéma, Rechercher Victor Pellerin est pourtant bien plus intéressant qu'un simple buzz; que cette histoire soit vraie ou fausse, on s'en fiche vite.

    Et pourtant tout le sujet est là. Nous sommes en plein cœur de l'essence même du cinéma. Ce qui est montré, ce qui est caché, ce qui est copié. Que fait l'art, que montre l'art, quel est son pouvoir, quelles en sont ses limites ? Par un moyen qui ressemble au système des poupées russes et une histoire rocambolesque, Deraspe a nettoyé un vieux concept oublié : la force de la représentation. C'est une réflexion bien profonde pour une première œuvre, bien casse gueule aussi, et qui pouvait partir en vrille et avec prétention dans les hautes sphères de la théorie fumante. Or là, c'est si finement et si simplement amené qu'on arrive à l'essentiel de la pensée platonicienne, soit dans sa cave.  

    Au fil des rencontres et des vérités à saisir comme des devinettes, avec des acteurs (presque) tous très justes, une caméra qui la joue brouillon mais qui n'en perd pas une miette, on est scotchés à l'écran du début à la fin, plongés que nous sommes dans cette aventure où il faut trouver le gimmick avant le héros. Un thriller artistique. La finale balance un vrai point d'exclamation, qui reste en l'air comme la baguette d'un chef et qui laisse le spectateur avec la bouchée ouverte.
Excellent. On attend les autres films de mademoiselle Deraspe.

Helen Faradji

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