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BLOGUE DU FNC 2 – par Romain Chareyron

2010-10-15

LES BELLES ET LES BÊTES

Si seuls les extrêmes sont intéressants et que le tiède provoque l'envie, les films proposés en ce deuxième jour de festival peuvent nous indiquer que le spectateur qui saura faire preuve d'éclectisme dans ses choix en sera récompensé en retour par la découverte d'univers singuliers, capables de susciter toutes les réactions, sauf l'indifférence.

    Début de la journée avec la projection, au cinéma du Quartier Latin, de Balada Triste (The Last Circus), le nouveau film d'Alex de la Iglesia (Oxford Murders, El día de la bestia). Auréolé de son récent succès à la Mostra de Venise, où il a remporté le Lion d'Argent ainsi que le Prix du scénario, le film était attendu par une salle quasi pleine, venue découvrir cet hybride cinématographique qui nous fait suivre, dans l'Espagne franquiste des années 70, les amours contrariées de deux clowns difformes pour une sublime acrobate. Le film, qui se veut une charge politique face à la déliquescence de la société espagnole, fait s'entremêler la poésie, l'horreur et le grotesque dans un style absolument délirant et jouissif. Esthétiquement magnifique, le récit nous embarque immédiatement dans son tourbillon de références visuelles grâce à un montage nerveux et un sens du rythme jamais démenti. On pardonnera alors que le film perde quelque peu de son souffle épique dans la seconde partie, lorsqu'il se focalise davantage sur la cavalcade meurtrière de ses deux protagonistes. Voici en tout cas une œuvre forte et iconoclaste, dont on peut être sûr qu'elle va diviser et faire parler, si l'on s'en fie à certains propos entendus au sortir du film.   

    Changement d'ambiance radical pour la projection, au Cinéma Parallèle, de Nénette, le nouveau documentaire de Nicolas Philibert (Être et avoir, Retour en Normandie). En choisissant de planter sa caméra au Jardin des Plantes de Paris pour nous y faire découvrir sa plus vieille pensionnaire - la Nénette du titre, un orang-outan qui habite les lieux depuis 38 ans! - le réalisateur donne naissance à un film qui partait avec un certain nombre d'handicaps dont il arrive à se déjouer adroitement. S'il opte en effet pour des partis pris de mise en scène radicaux - tous les commentaires des intervenants ont lieu hors champ, la caméra restant centrée sur son "héroïne" - Philibert réussit la gageure de ne jamais ennuyer le spectateur. Mieux, et ce malgré les limites qu'impose un tel sujet, il s'établit un réel contact entre le spectateur et cet animal impassible, faisant naître en nous des émotions inattendues et nous amenant à nous questionner sur notre propre condition. L'adhésion du public était d'ailleurs évidente lors de séance. En somme, un film modeste, mais au charme indéniable.

    En fin de journée, retour au cinéma du Quartier Latin pour assister à la projection du film Meat, des Néerlandais Maartje Seyferth et Victor Nieuwehijs (Venus in Furs, Crepuscule). Là encore, il est question de passions destructrices, puisque le film évoque la relation sexuelle ambigüe entre un vieux boucher et une jeune employée, aussi belle que dangereuse. Difficile de ne pas penser au cinéma d'Ulrich Seidl (Dog Days) dans la description que nous fait le film d'êtres mus par leurs pulsions et englués dans un monde qui les oppresse. Mais ici, l'alchimie ne prend jamais vraiment et le récit finit par tourner à vide et par perdre le spectateur, en attestent les quelques sièges qui ont claqué durant la projection. Le film, plombé par une symbolique assez lourde, se retrouve à aligner des vignettes, visuellement réussies, mais dont n'émerge aucune sensualité. Le comble pour une œuvre prétendant traiter des mystères de la chair!

    Aujourd'hui, nous guetterons la présentation du Mammuth de Benoit Delépine et Kustave Kervern. En apportant une douceur nouvelle à leur regard décapant sur la société, les réalisateurs nous offrent un road-movie à la française, empreint de douceur et de mélancolie, avec un Gérard Depardieu métamorphosé, tout en retenue et en fragilité. Nous nous intéresserons également à L'Arbre, deuxième réalisation de Julie Bertucelli (Depuis qu'Otar est parti) où cette dernière continue d'exploiter les thèmes de l'absence et du deuil en y mêlant cette fois poésie et onirisme, avec Charlotte Gainsbourg en mère de famille essayant de reconstruire sa vie après la mort subite de son mari.  

Romain Chareyron

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